Les Problèmes fondamentaux de l'économie politique

Études sur la méthode, l'objet et la substance de l'économie politique et de la sociologie

par Ludwig von Mises

Texte établi à partir d'une traduction anonyme inédite
(1933 pour la première édition allemande de l'ouvrage)

Nota : dans la préface de l'édition anglaise, Mises signale qu'il a d'abord employé (en 1929) le terme de sociologie, pour lui substituer par la suite celui de praxéologie.

 

Chapitre II — Sociologie et histoire

 

Introduction

Le rationalisme a entraîné, pour les sciences dont l'objet est l'action humaine, deux innovations capitales. Dans l'histoire, qui avait été jusqu'alors la seule science de l'action humaine, il a introduit la méthode critique. Il a affranchi l'histoire de sa soumission irréfléchie au matériau traditionnel des chroniques et des compilations primitives, lui a enseigné à tenir compte des sources nouvelles — documents, inscriptions, etc. — et à procéder à la critique de toutes les sources. Le profit réalisé de la sorte par la science historique lui est assuré une fois pour toutes : personne n'a d'ailleurs jamais songé à le lui contester. Même les essais tout récents de se donner de l'histoire « une vision intuitive » ne sauraient nullement se passer de ce gain méthodologique. On ne peut éclairer l'histoire qu'en se penchant sur les sources et il ne se trouvera personne pour mettre sérieusement en doute la nécessité où se trouve l'historien de soumettre son matériau à un examen critique. Les opinions ne peuvent se partager que sur la méthode, non pas sur la nécessité de l'analyse et de la critique des sources.

L'autre conquête capitale du rationalisme fut le développement d'une théorie de l'action humaine, c'est-à-dire d'une science visant à établir des lois universelles du comportement humain. A Auguste Comte, cette science n'est redevable que de son nom : les fondements en avaient été établis dès le XVIIIe siècle déjà. Au XVIIIe et au commencement du XIXe, la différence scientifique s'est surtout attachée à mettre sur pied la partie de la sociologie qui en est aujourd'hui la plus richement développée : l'économie politique ; mais elle a aussi tendu à établir, au-delà du domaine plus étroit de l'économie politique, les fondements d'un système général englobant l'ensemble de la sociologie 1.

On a voulu contester, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le principe même de la possibilité et de l'admissibilité d'une méthode sociologique. On s'est refusé à admettre qu'il existe des lois de l'action humaine indépendante du contexte historique ; on a, en conséquence, prétendu qu'il n'y a d'autre science de l'action humaine que l'histoire. Ces attaques de principe contre l'existence même d'une sociologie visaient presque exclusivement l'économie politique. On ne se rendait pas compte, en s'y livrant, que l'économie politique ne peut être qu'un chapitre d'une science plus générale, de domaine plus vaste mais présentant le même caractère logique, à savoir la sociologie. Lorsque, par la suite, la sociologie se répandit en Allemagne, l'assaut se dirigea du même coup contre la sociologie dans son ensemble ; on ne vit pas, en effet, que les lois de la sociologie prétendent à autant d'universalité que celle de l'économie politique. On s'était accoutumé, dans l'intervalle et à la suite de la diversion opérée par Windelband, Rickert et Max Weber dans le traitement des problèmes, à apercevoir sous un autre jour le caractère logique de la sociologie.

L'hostilité à l'égard de la sociologie et de l'économie politique, en tant que celle-ci en constitue un chapitre, avait aussi, peut-être même en premier lieu, des raisons d'ordre politique. Chez certains, Schmoller, Brentano et Hasbach par exemple, ces raisons ont été décisives en elles-mêmes 2. On entendait défendre des exigences politiques et économiques qui ne pouvaient, soumises au crible de l'économie politique, que se révéler absurdes, et ceci non pas seulement au jugement d'un esprit ayant une appréciation différente des choses, mais du point de vue de ceux-là mêmes qui les préconisaient en vue d'atteindre d'autres buts. L'interventionnisme ne pouvait garder un sens quelconque que pour celui qui ignorait volontairement les conclusions formulées à son sujet par l'économie politique. Pour tout autre esprit, la politique interventionniste se révélait incapable d'atteindre les buts qu'elle se propose 3. Bismarck, dans son discours du Reichstag du 2 mai 1879, cherchant à justifier sa politique financière et économique, avait dit ne donner, en toutes ces questions, pas plus de confiance à la science que chaque fois qu'il s'agit de se former une opinion sur un organisme quelconque, que les théories abstraites de la science le laissaient en cette matière parfaitement indifférent et qu'il ne voulait asseoir son jugement que sur l'expérience commune 4. C'était là, avec plus de mots, mais des arguments à peine meilleurs, le point de vue que représentait, concernant l'économie politique, l'école du réalisme historique. Mais on avait également des arguments de fait pour contester à la sociologie le caractère d'une science. Ce sont ces arguments seulement que nous retiendrons dans les discussions ci-après.

Il est, en matière de déductions méthodologiques et épistémologiques, deux possibilités différentes de s'assurer d'une certaine certitude de base. On peut essayer de pénétrer jusqu'aux problèmes derniers de la théorie de la connaissance pour y trouver un fondement sûr. Ce serait là assurément la meilleure méthode si le succès qu'on pouvait s'en promettre permettait d'espérer de trouver dans ces profondeurs un terrain absolument assuré. Mais on peut aussi bien choisir une autre voie consistant à partir des concepts et des jugements déterminés de la science qu'on considère, et à faire l'examen de leur caractère logique. Il est certain qu'à opérer de la sorte on ne parvient jamais à une pleine connaissance des fondements derniers de notre savoir ; mais l'on n'y parvient pas davantage par la première méthode. La seconde, en revanche, nous épargne le destin de la plupart des recherches consacrées dans les dernières années aux problèmes méthodologiques et épistémologiques de la science qui nous occupe : à savoir, en raison de la difficulté quasi-insurmontable posée par les problèmes ultimes de la théorie de la connaissance aux ressources limitées de l'esprit humain, de ne pas même avoir réussi à s'attaquer aux problèmes logiques, relativement plus aisés à résoudre, que pose la sociologie.

Le but que se proposent les considérations qui suivent est de prime abord plus étroitement circonscrit que celui de recherches de cet ordre. Il ne s'agit pas pour nous d'opérer une descente aux enfers, d'éclairer les problèmes ultimes de la connaissance, mais uniquement d'expliquer ce que la sociologie se propose d'être, quelle valeur elle revendique pour les concepts dont elle se sert et les jugements auxquels elle aboutit. Ce faisant, nous tiendrons compte avant tout, cela va de soi, de l'économie politique : celle-ci n'est-elle pas, à l'intérieur de la sociologie, le chapitre qui en a été tracé avec le plus de soin et qui est parvenu à un maximum de précision systématique ? Si l'on veut examiner une science du point de vue de son caractère logique, on a toujours intérêt à en choisir la partie la plus développée. Pour procéder à cet examen, nous prendrons, comme base de nos recherches, non pas, comme ce fut malheureusement le cas pour beaucoup de travaux méthodologiques et épistémologiques, l'énoncé des problèmes et des solutions tel qu'il se trouve dans l'économie politique classique, sous une forme insuffisante également du point de vue de la logique, mais celui de la théorie contemporaine 5.

1. Le problème méthodologique et me problème logique

Il nous faut, nous écartant en ceci de la méthodologie habituelle, séparer tout d'abord le problème méthodologique du problème logique.

On entend ordinairement par méthodologie la logique en tant que doctrine des méthodes auxquelles recourt la réflexion. Nous n'emploierons ce terme que dans le sens moins usuel de technique de la pensée scientifique (heuristique), l'opposant ainsi comme technologie (ars inveniendi) à la logique en tant que science.

Sur les traces de Bacon, on a longtemps tenu la méthode inductive en particulièrement haute estime. Les sciences de la nature, aux yeux avant tout des profanes, étaient redevables de leur succès à l'induction intégrale ; avait-on rassemblé la totalité des cas, alors, mais alors seulement, il devenait possible d'établir une loi universelle. Bacon et la plupart de ceux qui professaient sa doctrine n'avaient à leur actif aucun succès digne de mémoire (les plus féconds des chercheurs étaient partis au contraire d'un point de vue tout différent) — c'était là des faits dont on ne voulait pas tenir compte. On ne tenait pas garde que Galilée, par exemple, avait tenu l'induction intégrale comme superflue dans les sciences de la nature, l'induction partielle pour incertaine et qu'il remplaçait la comparaison des faits par l'analyse d'un seul fait dont il tirait la loi, qu'il s'agissait alors de vérifier par l'expérience. Il y avait même quelque chose de grotesque dans le zèle avec lequel on chantait l'induction intégrale comme la méthode spécifique des sciences physiques sans remarquer qu'elle n'était, en fait, pas employée par les sciences modernes de la nature mais bien par la science antique qui, vue la pauvreté des sources dont elle disposait, visait systématiquement à tirer ses conclusions de l'étude de tout le donné matériel qui lui était accessible.

Ce ne sont pas les données matérielles qui importent, mais l'esprit qui les aborde. Les données qui éveillèrent chez Galilée, Newton, Hume, Ricardo, Menger ou Freud la flamme des plus hautes découvertes s'offraient également à chacun de leurs contemporains, et dans le passé à des générations innombrables. Galilée ne fut assurément pas le premier à observer le mouvement pendulaire du lustre dans la cathédrale de Pise. Combien de médecins se sont trouvés avant Breuer au chevet d'une hystérique ! On ne peut enseigner, représenter dans des manuels, que la technique des tâcherons de la science : en science, la force créatrice ne peut s'éveiller que chez celui qui y est déjà disposé par la puissance de son esprit et de son caractère. Sans doute ne peut-on se passer des bases que garantit la maîtrise de la technique et des doctrines de la science, mais ce qui est décisif, c'est finalement la personnalité.

Sur ce point les avis ne sont plus divisés : nous n'avons pas à nous y attarder.

Il en va tout autrement du problème logique de la science. Le problème du caractère logique de la sociologie s'est effacé au cours de la querelle des méthodes (Methodenstreit), au point d'être tout à fait oublié. Walter Bagehot d'abord, puis Carl Menger ont alors établi la nécessité logique d'une science sociale théorique contre ceux qui repoussaient le principe d'une science de l'action humaine. On sait comment la querelle se termina en Allemagne : l'économie politique disparut des universités et, à sa place, parfois même sous son nom, on se livra à une « science économique » qui n'était qu'une encyclopédie de connaissances empruntées à des spécialités diverses. Si l'on avait voulu caractériser cette « science » de façon scientifique, on n'aurait pu y voir qu'une histoire étendue jusqu'à l'actualité la plus brûlante de l'administration, de l'économie et de l'économie politique, histoire dont on essayait, en conservant les critères de valeur imposés par l'autorité et les partis politiques, de déduire les règles pratiques de la politique à tenir en matière d'économie, de même que le théoriciens de la stratégie cherchaient à découvrir dans les campagnes du passé les règles de la guerre future. Les représentants de cette « science économique » se distinguaient en ceci des historiens en titre qu'ils s'occupaient généralement davantage du passé le plus récent et des problèmes de la politique intérieure, des finances et de la politique économique, qu'ils étaient moins attentifs à envelopper du secret leur position politique et plus prompts à tirer du passé des conclusions pratiques pour la politique à venir. Ils ne s'inquiétaient jamais longtemps du caractère logique de leur science : s'il leur arrivait par hasard d'y apercevoir un problème, ils se laissaient rapidement rassurer par le mot d'ordre de Schmoller.

Quelque inquiétude ne commença à se manifester qu'avec la querelle des jugements de valeurs, qui éclata dans le premier et le second lustre de notre siècle. On commença à être choqué d'avoir si naïvement trouvé tout naturel de présenter, sous forme de cours, de manuels et de monographies, des exigences politiques comme postulats de la science. Il se trouva un groupe de professeurs — encore jeunes — pour demander que les opinions personnelles ne déteignent pas sur le contenu de l'enseignement, ou que du moins, dès que l'on formulait en chaire des jugements de valeur personnels, on voulut bien en souligner le caractère subjectif. Mais les discussions que cette agitation provoqua ne se répandirent qu'à peine au problème de la possibilité d'une science de la société 6.

2. Le caractère logique de la science historique

Cependant, tout à fait en dehors des questions intéressant le problème logique des rapports de la sociologie et de l'histoire, s'était accompli un important progrès de la logique des sciences morales.

Depuis longtemps déjà, on adjurait l'historien de faire à son tour œuvre vraiment scientifique, de concevoir enfin l'histoire sur le modèle des sciences de la nature, c'est-à-dire comme une science déterministe 7. Certains qualifiaient une telle exigence d'irréalisable, ne voyant point selon quelle méthode scientifique on établirait les lois de l'histoire : persuadés que seules les sciences déterministes méritent le nom de science, ils avouaient à leur corps défendant que l'histoire n'est pas une science. D'aucuns, pour cette raison, voulaient la qualifier d'art. D'autres, cependant, s'arrogeaient la puissance de formuler « les lois de l'histoire universelle. » A l'intérieur de ce courant, Kurt Breysig se distinguait par sa fécondité.

Ces controverses, il ne faut pas le perdre de vue, ne concernaient pas le problème d'une science théorique de l'action humaine. L'objet qu'on se proposait d'atteindre, c'était les lois du devenir historique, les lois de l'histoire, non celle de la sociologie. C'est ainsi, par exemple que la trente et unième loi de Breysig se laisse formuler en ces termes : « Sous le régime de l'Empereur et du peuple, qui se sont développés de concert, l'économie devait nécessairement connaître un essor jusqu'ici sans précédent du commerce et de l'industrie. » 8

Bergson en France, Windelband, Rickert et Max Weber en Allemagne, s'élevèrent contre la confusion de notions au nom de laquelle on formulait cette exigence d'une nouvelle science de l'histoire. Ils cherchèrent à déterminer logiquement l'essence de l'histoire et des recherches historiques et à établir l'impossibilité d'appliquer sans plus à l'histoire des notions empruntées à la physique. Le néo-criticisme de l'école allemande du sud-ouest a sans aucun doute accompli sur ce point une œuvre qui, malgré ses défauts, reste au plus haut point méritoire et doit servir de base et de point de départ à toutes les recherches ultérieures sur la logique de l'histoire. Par un de ses aspects, cependant, cette œuvre demeure radicalement insuffisante : elle ignore tout du problème d'une science sociologique, ne tient aucun compte de ce problème. Windelband, Rickert et Max Weber connaissaient les sciences physiques et l'histoire ; l'existence d'une sociologie, d'un déterminisme de la société humaine, leur est restée étrangère 9.

Cette affirmation, concernant du moins Max Weber, a besoin d'être établie de plus près. Celui-ci n'a-t-il pas enseigné l'économie politique dans deux universités et la sociologie dans deux autres ? Il n'était cependant ni économiste ni sociologue : il était historien 10. Il a ignoré la doctrine et le système de l'économie politique. L'économie politique et la sociologie étaient à ses yeux des sciences historiques, la seconde étant une sorte d'histoire plus poussée dans le sens des généralisations du système.

Loin de nous, est-il besoin de le dire, la pensée de diminuer par là Max Weber et son œuvre. Il fut un des plus brillants représentants de la science allemande au XXe siècle, un précurseur et un éclaireur, et des générations entières pourront travailler son héritage, l'assimiler à leur substance spirituelle et en tirer les développements qu'il comporte. Son domaine était l'histoire et la logique de l'histoire, non l'économie politique et la sociologie, mais cela ne veut nullement dire qu'il ait échoué dans les problèmes que lui posait son époque et auxquels il a choisi de s'attaquer. Il était historien, et en tant qu'historien il a accompli sa bonne part de travail. Et, si nous sommes aujourd'hui en état d'aborder les problèmes logiques de la sociologie dans des conditions plus favorables, c'est avant tout aux travaux de Max Weber sur les problèmes logiques de l'histoire que nous le devons

3. La notion de « type idéal » et la loi sociologique

Max Weber aperçoit « à l'origine de l'intérêt apporté aux sciences sociales »

l'état réel, c'est-à-dire saisi dans sa singularité, de la civilisation qui nous entoure, dans son contexte universel et cependant singulier, et pour autant qu'il résulte d'autres phases antérieures de la culture, ayant le même caractère de singularité. 11

Mais, dans toute

explication causale d'un aspect de la civilisation — d'un « individu historique » — la connaissance des lois ne doit pas être en elle-même la fin, mais uniquement le moyen de la recherche. Elle nous facilite, nous rend possible la tâche de rattacher selon la causalité les aspects importants de la civilisation dans leur individualité et leurs causes concrètes. Dans cette mesure, et dans cette mesure seulement, elle aide à la connaissance des relations concrètes dans leur spiritualité. Plus d'ailleurs les lois sont générales, c'est-à-dire abstraites, moins elles peuvent nous servir à rattacher à leurs causes les phénomènes singuliers et ainsi, indirectement, à saisir les aspects de la civilisation avec la signification qui leur revient. 12

Max Weber place sur le même plan l'historien et le sociologue. Leur tâche à tous deux est « l'appréhension de phénomènes de civilisation dans leur réalité » 13. Aussi le problème logique et méthodologique est-il le même à ses yeux dans la sociologie et dans l'histoire. Il se laisse formuler de la façon suivante :

Quelle est la fonction et la structure logique des notions à l'aide desquelles notre science, comme toute science, travaille, ou, en tenant plus particulièrement compte du problème décisif : quelle importance a la théorie, l'élaboration de notions théoriques, pour l'appréhension de la civilisation dans sa réalité concrète ? 14

Répondant à cette question, Max Weber aperçoit « dans la théorie abstraite de l'économie » un « cas particulier d'un mode d'élaboration de notions qui caractérise les sciences de la civilisation humaine et leur est dans une certaine mesure indispensable. » Nous aurions ici « un exemple de ces synthèses où l'on est accoutumé d'apercevoir les "idées" des phénomènes historiques. » 15 Il s'agirait en l'espèce de la création d'une « représentation intellectuelle » « ramenant certains rapports et phénomènes du devenir historique à l'unité d'un cosmos cohérent de relations idéales ». En pratique, nous nous donnons une image plus sensible de la singularité de cette relation en construisant un « type idéal » 16. Nous

élaborons ce « type idéal » en mettant unilatéralement l'accent sur un aspect, ou sur quelques aspects, du problème, en combinant en une « représentation intellectuelle' cohérente une complexité de phénomènes individuels se présentant à différents degrés, ou quelquefois même ne se présentant pas, à l'état diffus et singulier, et qui se laissent encadrer dans cet aspect du problème sur lequel on a arbitrairement choisi de mettre l'accent. 17

Pour Max Weber, « la théorie abstraite de l'économie politique » consiste donc à « élaborer une "représentation intellectuelle" des phénomènes économiques tels qu'ils se présentent dans un régime d'échange, de libre concurrence, sous l'aspect d'une action strictement rationnelle » 18 : elle se situe, à ses yeux, sur le même plan logique qu'au moyen-âge « l'idée d'économie urbaine » ou « l'idée d'artisanat » 19, ou que des notions « telles que, par exemple, l'individualisme, l'impérialisme, le mercantilisme et d'innombrables notions abstraites de ce genre, au moyen desquels nous cherchons à saisir la réalité par la réflexion et le discours. » 20 Ces notions ne peuvent pas être définies « selon leur contenu à l'aide d'une description "sans sous-entendus" d'un phénomène concret particulier ou en extrayant et en combinant ce qui est commun à plusieurs phénomènes concrets. » 21 Toutes les notions de ce genre rentrent pour lui dans la catégorie des « types-idéaux, » c'est-à-dire de cette variété particulière de concepts qui appartient en propre à l'histoire et à la sociologie — en bref à toute science dont l'objet est constitué par des faits de civilisation.

Cependant, histoire et sociologie ne se confondent pas pour Max Weber. La sociologie élabore « des notions génériques » et cherche à établir « les règles génériques des événements. » L'histoire, au contraire,

vise à l'analyse et à la détermination causale d'actions, d'organismes, de personnalités singuliers dans leur importance point de vue de la civilisation... Comme c'est le cas pour toute science fondée sur la généralisation, le caractère spécial des abstractions avec lesquelles elle opère entraîne comme conséquence une abstraction relative des notions auxquelles elle arrive. Cette abstraction est compensée par une précision plus grande, résultant de l'effort que fait la sociologie, dans l'élaboration de ses notions, pour les rendre aussi adéquates que possible au sens des phénomènes. 22

La différence entre la sociologie et l'histoire est ainsi une différence de degré. Leur objet est identique, comme le sont, au point de vue logique, les notions avec lesquelles elles procèdent. Elles ne se distinguent entre elles que par le degré, variant de l'une à l'autre, de proximité avec le réel, de la richesse de leur contenu et de la pureté des « types idéaux » qu'elles élaborent. Max Weber a ainsi tranché implicitement la question soulevée autrefois par la querelle des méthodes (Methodenstreit) dans le même sens que ceux qui refusaient à la sociologie théorique toute justification logique : il ne conçoit les études sociologiques que comme une variété spéciale de la recherche historique. Mais la théorie à laquelle il songe et qu'il repousse n'est pas celle à laquelle songeaient Walter Bagehot et Carl Menger lorsqu'ils s'attaquèrent à l'épistémologie des économistes de l'école historique. L'intention de Max Weber est toute différente. Il veut établir

l'absurdité de l'idée, qui s'empare même parfois des historiens de notre spécialité, que le but, si lointain soit-il, des sciences de la culture humaine, pourrait être de mettre sur pied un système achevé de notions, encadrant et organisant le réel d'une façon définitive ou permettant de le déduire. 23

Rien ne lui paraît plus redoutable que ce mélange de théorie et d'histoire résultant des préjugés « naturalistes », soit que l'on s'imagine avoir fixé dans ces notions théoriques 24 le contenu « propre », « l'essence » de la réalité historique, soit qu'on les utilise comme lit de Procuste pour y faire entrer de force l'histoire, soit enfin que l'on hypostasie les idées en une « réalité véritable », au-delà du flux des phénomènes, qu'on en fasse les forces « réelles » se manifestant dans l'histoire. » 25

Tant que Max Weber se borne à vouloir déterminer le caractère logique des notions dont se servent les recherches historiques, à repousser la prétention d'établir des « lois historiques » et à montrer, sur les traces de Windelband et de Rickert, l'impossibilité qu'il y a à étendre au domaine de l'histoire les notions dont se servent les sciences de la nature, on ne peut que lui donner raison. Poursuivant et parachevant l'œuvre de ses prédécesseurs, il a, sur tous ces points, apporté à la logique et à l'épistémologie une contribution qui gardera toujours toute sa valeur 26. Mais, partout où il s'est appliqué, au-delà de telles recherches, à déterminer le caractère central de la recherche sociologique, il s'est égaré et ne pouvait que s'égarer, car il entendait par sociologie tout autre chose que cette science de l'action humaine, dont la possibilité avait été le sujet de la querelle des méthodes.

On peut comprendre cette erreur de Max Weber et en chercher les raisons dans son évolution personnelles et dans l'état des connaissances de son temps en ce qui concerne les résultats des recherches sociologiques, spécialement dans les universités allemandes. C'est là un travail qui revient aux historiens des doctrines. Ce qui nous importe ici, c'est de redresser des malentendus qui, sans doute, ne sont pas l'œuvre de Max Weber, mais qui, du fait qu'il en a fait le fondement de son épistémologie, se sont largement répandus 27. Pour révéler la raison des erreurs de Max Weber, il faut se demander si les notions de l'économie politique en tant que science naturelle ont en effet le caractère de « type idéal » qu'il leur prête. La réponse à cette question ne peut être que négative. Sans doute peut-on dire aussi de ces notions qu' « elles ne se rencontrent empiriquement nulle part au sein de la réalité... avec la pureté » qui les caractérise 28. Mais c'est que, précisément, les concepts ne se rencontrent jamais et nulle part dans la réalité concrète, appartenant à la pensée et non au réel. Ils sont les instruments intellectuels à l'aide desquels nous cherchons à appréhender le réel par la pensée. Mais on ne peut nullement prétendre de ces concepts dont se sert l'économie politique qu'ils s'établissent « en mettant unilatéralement l'accent sur un aspect ou sur quelques aspects du problème en combinant en une "représentation intellectuelle" cohérente une masse de phénomènes individuels se présentant plus ou moins à l'état diffus et singulier et qui se laissent encadrer dans cet aspect du problème sur lequel on a choisi arbitrairement de mettre l'accent. » Ils résultent bien plutôt d'actes de pensée visant à chaque fois à saisir le contenu spécifique des phénomènes considérés. C'est en propre à la science économique, dont le caractère logique est ici l'enjeu du problème, qu'il appartient de décider si les concepts et les lois élaborés à cet effet donnent de la réalité une image juste et logiquement satisfaisante. Ce qui nous intéresse pour l'instant, ce n'est pas d'évaluer le degré de vérité objective des concepts singuliers et des lois, ou de l'édifice conceptuel qui les rassemble en un système, mais de savoir s'il est logiquement admissible, s'il est utile, voire nécessaire, pour les fins de notre science, d'établir de semblables lois.

L'action humaine, objet de toute sociologie scientifique, historique ou théorique, est conditionnée par un fait dont nous voulons reproduire l'énoncé qu'en donne Gottl, parce que Max Weber, sans justification suffisante à notre sens, l'a critiqué sous cette forme. Gottl appelle « nécessité » (Not) l'une des deux « relations fondamentales » qui régissent notre action, désignant par là le fait « que la satisfaction d'une tendance n'est jamais sans nuire en quelque façon à la réalisation de tendances différentes » 29 Or, affirme Max weber, cette relation fondamentale n'est pas, en réalité, sans exception. Il est inexact, dit-il, que « la collision de plusieurs fins particulières, et ainsi la nécessité de choisir, soit un fait universellement valable. » 30 Mais cette objection de Max Weber n'est vraie que dans le cas de « richesses libres » ; lorsqu'elle se trouve vraie, ainsi, on ne saurait parler d' « action ». Si tous les biens étaient des « biens libres », l'homme pourrait s'en tirer sans autre dépense que celle de son temps et de sa personne : il n'aurait pas à tenir compte des objets du monde extérieur 31. Ce n'est que dans un pays de Cocagne, peuplé d'immortels indifférents au cours du temps et où chaque individu serait partout et toujours sans besoins et sans désirs, ou au contraire dans un monde où les désirs et les besoins ne seraient en aucune façon susceptibles d'une satisfaction plus entière, que la « nécessité » de Gottl ne constituerait pas un fait. Il n'est d'action qu'autant qu'elle existe : disparaît-elle, l'action disparaît en même temps.

A se pénétrer de ce fait, on reconnaît du même coup que toute action représente une décision entre deux possibilités différentes ; toute action est action avec les moyens dont on dispose pour réaliser des fins accessibles. La loi fondamentale de l'action s'étend à toute action et constitue le principe économique. Veut-on contester la possibilité d'une science économique, on doit tout d'abord refuser de reconnaître le principe économique comme formule universelle de l'essence de toute action. Mais c'est là en méconnaître entièrement le sens.

Le malentendu le plus répandu consiste à voir dans ce principe un énoncé relatif à l'aspect matériel et au contenu de l'action. On s'égare dans le domaine du psychologique pour construire l'idée du besoin et en faire, par la représentation d'un sentiment de déplaisir, le principe de la décision concrète dans l'action. Le « besoin » décide ainsi de l'action : on pense pouvoir opposer l'action opportune, répondant au besoin, à l'action inopportune. Mais le besoin ne nous est jamais connu que par l'action 32. L'action est toujours conforme aux besoins, parce que nous concluons de l'action au besoin. Tout jugement sur nos propres besoins est toujours approfondissement et critique de notre attitude passée ou à venir. Ce n'est que par l'action et dans l'action que le besoin prend existence. Tout jugement sur les besoins d'autrui, ou sur ceux des hommes en général, ne comporte de toute évidence que deux possibilités : ou bien l'on établit ce que fut ou ce que sera vraisemblablement une action, ou bien ce qu'elle aurait dû ou ce qu'elle devra être à l'avenir.

Il n'est pas ainsi de malentendu plus fondamental que celui de l'historicisme apercevant dans « la volonté économique un chaînon d'une évolution tardive » et élevant l'objection que « l'homme naturel n'agit pas selon le point de vue d'une parfaite utilité » 33, ou expliquant le principe économique comme une manifestation spécifique d'une économie réglée par des échanges monétaires 34. Max Scheler a donné sur ces points la réponse qui convenait, encore que sa volonté d'établir une échelle absolue des valeurs l'ait empêché d'en tirer, pour la morale, les conclusions décisives.

Que l'agréable, toutes choses égales par ailleurs, soit préféré au désagréable, ce n'est pas là une affirmation reposant sur l'observation et l'induction : elle se fonde sur l'essence même de ces valeurs et sur l'essence de la sensibilité. Un voyageur, un historien ou un zoologue peut bien nous décrire une variété humaine ou animale où le contraire se produirait : nous refusons a priori de le croire et n'avons pas à le croire ! C'est impossible, disons-nous. Tout au plus ces êtres éprouvent-ils d'autres objets que nous comme agréables ou désagréables ; ou encore, sans qu'ils préfèrent le désagréable à l'agréable, doit-il exister pour eux une valeur (inconnue de nous peut-être) d'une modalité plus « haute » que la modalité de ce degré et, en préférant cette valeur, ils s'accommodent en même temps du désagréable. Ou peut-être est-ce là un cas de perversion des désirs, par l'effet de laquelle des substances nuisibles les impressionnent agréablement.

Comme toutes ces relations, celle que notre proposition exprime nous permet en même temps de comprendre les manifestations de vies étrangères et les jugements concrets (historiques par exemple) de valeurs (ou même les nôtres, par le souvenir). Elle est ainsi déjà sous-entendue dans toutes les observations et inductions. Elle est a priori, par exemple, à toute expérience ethnologique. Aucune considération génétique ne peut « expliquer » cette proposition ni l'état de fait qu'elle traduit. 35

Ces considérations de Scheler sur l'agréable et le désagréable forment la loi fondamentale de l'action humaine, valable sans considération de lieu, de temps, de race, etc. Si nous y remplaçons le mot d' « agréable » par ceux de « considéré subjectivement comme plus important », et « désagréable » par les mots « considéré subjectivement comme moins important », la chose sera plus évidente encore.

L'historicisme se fait la partie trop belle en se contentant d'affirmer sans plus que la qualité d'action humaine n'est pas une donnée intemporelle et qu'elle s'est modifiée au cours de l'évolution. Il semble qu'à énoncer une telle affirmation, on devrait éprouver au moins l'obligation d'indiquer en quoi l'action de l'époque prétendument pré-rationnelle s'est distinguée de celle de l'époque rationnelle, ou comment on se représente une action passée ou à venir qui ne serait pas rationnelle. Seul Max Weber a ressenti cette obligation : nous lui sommes redevables de l'unique tentative qui ait été faite d'élever cette thèse fondamentale de l'historicisme du niveau des aperçus du feuilletoniste au domaine du savant. Max Weber distingue à l'intérieur de « l'action dirigée » quatre variétés différentes. L'action peut être résumée comme :

Au delà de cet ensemble de variétés de l' « action dirigée » se situe « un comportement purement réactif, nullement lié à un sens déterminé par le sujet ». Les frontières entre l'action dirigée et l'action purement réactivement sont incertaines 37.

Considérons d'abord ce que Max Weber appelle le comportement purement réactif. La biologie et les sciences de la nature en général ne peuvent appliquer à l'action de leurs objets qu'une observation extérieure ; aussi leur faut-il se contenter d'établir la relation de l'excitation et de la réaction. Au-delà, c'est l'inconnu. Le naturaliste peut concevoir obscurément que le comportement répondant à l'excitation devrait pouvoir s'expliquer de façon plus ou moins analogue à l'action rationnelle ; mais il ne lui est pas donné de pénétrer plus avant. Mais l'attitude de notre science vis-à-vis du comportement humain est entièrement différente : nous saisissons ici «  le sens donné subjectivement par celui-là même qui agit » — non pas un sens objectif, « exact » ou un sens « véritable, résultant d'un approfondissement métaphysique. » 38 Lorsque chez les animaux, auxquels nous ne pouvons prêter la raison humaine, nous observons une attitude que nous serions en mesure de concevoir si nous l'avions observée avec les mêmes yeux qu'un comportement humain, nous parlons de comportement instinctif.

La réponse de l'homme à l'excitation extérieure peut être réactive (réflexe) ou dirigée, ou encore réactive et dirigée à la fois. Le corps répond de façon réactive à l'introduction d'un poison, mais il y place là tout autant pour une action dirigée, combattant le poison par le contrepoison. Seule l'action dirigée réplique à l'évaluation des prix du marché. Les frontières entre attitude dirigée et attitude réactive sont pour le psychologue aussi indécises que celles entre le conscient et l'inconscient ; mais il se peut que seule l'imperfection de notre pensée nous empêche de reconnaître que la réaction immédiate et l'action ont une substance identique, et qu'il n'y a entre elle qu'une différence de degré.

En disant d'un comportement humain qu'il est simplement réactif, instinctif, nous exprimons qu'il se produit sans conscience. Mais il faut remarquer que dans les cas où non considérons comme inopportun de nous comporter de la sorte, nous « dirigeons » nos efforts dans le sens de l'élimination de ces moments purement réactifs, instinctifs, irréfléchis. Ma main entre-t-elle en contact avec un couteau très tranchant, elle se retire involontairement ; mais dans le cas où j'ai à réaliser une intervention médicale, je tâcherai, par un comportement conscient, de surmonter le moment de la réaction pure. La volonté consciente s'empare de tous les domaines de notre attitude qui lui sont accessibles, en ne tolérant de l'action réactive, instinctive, que ce qui lui paraît utile pour son but et ce qu'il lui faut avoir réalisé. Ainsi la frontière entre l'attitude « dirigée » et l'attitude réactive pure n'est nullement indéfinie aux yeux de l'observation appliquée à la science de l'action humaine, qui a un autre objet que l'observation psychologique. Dans la mesure où la volonté parvient à l'efficacité, il n'est d'action que « dirigée. »

Ceci nous amène à l'examen des variétés de l'action que Weber oppose à l'action finale-rationnelle. D'abord, il est sans doute évident que ce que Weber appelle « action rationnelle comme affirmation de valeur » ne peut être absolument séparée de l'action finale-rationnelle. Le succès auquel vise l'action finale-rationnelle est lui aussi une valeur et se situe, en tant que tel, au-delà de la rationalité : il a, pour reprendre l'expression de Weber, « une valeur propre inconditionnelle » ; l'action finale-rationnelle « n'est finale-rationnelle que par ses moyens » 39. Ce que Weber appelle comportement rationnel comme affirmation de valeur devrait ne se distinguer de l'attitude finale-rationnelle qu'en ceci qu'il reconnaît une valeur en soi à une certaine façon d'agir et introduit ainsi cet acte dans l'échelle des valeurs. Lorsque quelqu'un ne veut pas simplement assurer sa subsistance mais se l'assurer « honnêtement » et « comme il se doit, » et préfère alors, par exemple, comme un Junker prussien de la vieille école, la carrière administrative aux succès de l'avocat, lorsque quelqu'un renonce aux avantages d'une carrière de fonctionnaire afin de demeurer fidèle à une conviction politique, ce sont là des attitudes auxquelles on ne peut absolument pas refuser le caractère « final-rationnel. » Continuer d'affirmer un idéal de vie dépassé ou une conviction politique est un but comme un autre, et s'intègre, comme tout autre, à la place qui lui revient dans l'échelle des valeurs. Weber a succombé ici au vieux malentendu dont le principe utilitariste est toujours victime : ne reconnaître comme « but » que des valeurs matérielles et pouvant se traduire en espèces. Quand Weber affirme qu'il n'est d'action « comme pure affirmation de valeur que celle qui, sans tenir compte des conséquences prévisibles, s'inspire uniquement de la conviction chez l'individu de ce que lui commandent le devoir, la dignité, la beauté, la voie de la religion, ou la valeur d'un "objet" quel qu'il soit. » 40, il donne du phénomène une description inexacte. Il serait plus juste de dire qu'il y a des hommes qui ont du devoir, de la dignité, de la beauté, etc. une idée si haute qu'ils leur subordonnent les autres fins et les autres buts. On reconnaît alors sans doute qu'il s'agit là en effet de fins différentes de celles auxquelles vise la masse, mais cependant de fins, et que l'action visant à les réaliser doit également être conçue comme une action finale-rationnelle.

Il en va exactement de même de l' « action traditionnelle. » Lorsque le paysan répond au chimiste qui lui recommande l'utilisation d'engrais artificiels qu'il n'admet pas dans son affaire les conseils d'un citadin qui n'entend rien aux travaux de la terre et qu'il veut continuer à faire ce qu'on a fait depuis toujours dans son village, ce que lui ont enseigné son père et son grand-père, paysans éprouvés, eux, cela signifie qu'il veut s'en tenir aux procédés traditionnels parce qu'il les tient pour meilleurs. Lorsque le hobereau grand propriétaire terrien repousse la proposition de son intendant d'orner de son nom, de son titre et de ses armes les paquets de beurre destinés au commerce de détail, parce qu'une telle nouveauté ne répond pas aux traditions de la noblesse, cela veut dire qu'il renonce à une augmentation de ses revenus qu'il ne pourrait obtenir qu'en sacrifiant une partie de sa dignité. Dans le premier cas, on s'en tient à l'habitude établie parce que, à tort ou à raison peu nous importe, on la tient pour plus « rationnelle, » dans le second cas parce qu'on lui attribue une valeur plus haute que celle du résultat qu'on obtiendrait en la sacrifiant.

Quelques mots, pour finir, de l'attitude affective. L'effet des affections est de déplacer l'échelle des valeurs : on juge autrement sous leur empire qu'on ne ferait par la suite en évaluant froidement les choses ; on cède plus facilement à une impulsion exigeant une satisfaction immédiate. En ce précipitant, au péril de sa propre vie, au secours de quelqu'un qui se noie, on peut agir sous l'inspiration d'un brusque besoin de secourir, ou parce qu'on se sent tenu de se comporter en toutes circonstances de façon héroïque, ou pour s'assurer une prime de sauvetage. Dans tous les cas cette action déterminée par le fait qu'on attribue dans l'instant une telle valeur à l'acte de sauvetage que toutes les autres considérations (le danger auquel on s'expose, auquel on expose sa famille) s'effacent. Il est bien possible qu'une réflexion ultérieure amènerait à des conclusions toutes différentes. Mais à l'instant où il s'est produit — et c'est là ce qui importe — l'action était finale-rationnelle.

La distinction que Max Weber établit dans l' « action dirigée, » en opposant à l'action finale-rationnelle des formes de l'action qui ne le sont pas, ne peut ainsi être maintenue. Tout ce que nous sommes fondés à considérer comme un comportement humain, c'est-à-dire tout ce qui dépasse la réaction organique instinctive porte donc le caractère du final-rationnel, opère un choix entre des possibilités données en vue de réaliser le but qui lui apparaît comme le plus désirable. C'est là la seule conception que puisse retenir une science dont l'objet est constitué par l'action en tant que telle et non par les buts qu'elle se propose.

L'erreur fondamentale de Max Weber est d'avoir méconnu la prétention d'universalité des lois de la sociologie. Le principe économique, la loi du rendement, le principe du développement des échanges, la loi de la population et toutes les autres lois de ce genre sont toujours et partout valables, dès que sont données les conditions qu'elles supposent. Comme exemple de loi économique, Max Weber cite plusieurs fois, toujours entre guillemets la « loi » de Gresham, voulant souligner par là que cette « loi », ainsi que les autres lois de la sociologie compréhensive (verstenhende) n'exprime rien davantage que « des chances caractéristiques, corroborées par l'observation, d'un certain processus probable de comportement social, à partir de conditions déterminées — chances que nous pouvons comprendre à partir de motifs caractéristiques et de l'intention caractéristique supposée des agents de l'action » 41 La « prétendue loi de Gresham » ne serait ainsi que

une interprétation rationnellement évidente d'un comportement humain dans des conditions définies et dans le cas sous-entendu d'une action finale-rationnelle. Dans quelle mesure cette loi régit vraiment l'action des individus, c'est là une question qui ne peut être résolue que par l'expérience (s'exprimant en dernière analyse de façon plus ou moins statistique) de l'importance que prend en réalité la disparition des monnaies dont la valeur a été sous-estimée dans la charte monétaire ; or cette expérience fait voir que la loi est en effet valable dans une très large mesure. 42

La loi de Gresham, déjà évoquée par Aristophane dans les Grenouilles, formulée clairement dès 1364 par Nicolas Oresme, baptisée en 1858 seulement par MacLeod d'après Sir Thomas Gresham, est une application particulière aux problèmes de la monnaie de la théorie générale du contrôle des prix 43. L'essentiel n'est pas tant la disparition de la « bonne » monnaie que le fait que les paiements qui peuvent être, au choix du débiteur, opérés avec une même validité en « bonne » et en « mauvaise » monnaie se font dans la monnaie sous-évaluée par les autorités.

On ne saurait prétendre qu' « il en aille toujours ainsi en supposant, du point de vue du "type idéal", le cas d'une action purement finale-rationnelle » — même lorsque, comme Max Weber, on entend par « finale-rationnelle » une action visant à « un gain maximum. » On a récemment cité un cas dans lequel la loi de Gresham n'a pas joué. Une délégation du patronat autrichien en visite à Moscou fut traitée par les autorités soviétiques, qui voulaient l'amener à consentir des crédits commerciaux à long terme à l'U.R.S.S, selon la même méthode que Potemkine appliquait déjà à sa souveraine. Les membres furent conduits dans un grand magasin où ils eurent l'occasion d'acheter de menus souvenirs de voyage et des cadeaux pour leurs amis. L'un d'entre eux ayant payé avec une grosse coupure, on lui rendit, dans sa monnaie, une pièce d'or. Comme il remarquait avec étonnement qu'il ignorait que la monnaie d'or circulât effectivement en Russie, la caissier répondit qu'il arrivait parfois que les acheteurs règlent en or et qu'il ne faisait alors aucune différence entre les pièces d'or et toute autre sorte de monnaie, s'en servant comme des autres pour rendre la monnaie. Son interlocuteur autrichien, qui sans doute ne croyait pas aux miracles, ne se satisfit pas de cette réponse, entreprit des recherches et parvint finalement à apprendre qu'une heure avant l'apparition de la délégation, un fonctionnaire s'était présenté au magasin, avait remis au caissier une pièce d'or — une seul — en le chargeant de la glisser discrètement à sa valeur nominale en rendant la monnaie d'un de ces messieurs.

En admettant que la chose se soit vraiment passée ainsi, on ne saurait prétendre que l'attitude des autorités soviétiques n'ait pas été « purement finale-rationnelle. » Les frais qui en résultèrent pour elle lui semblaient compensés par le but — l'obtention de crédits commerciaux à long terme. Si ce n'est pas là une attitude « finale-rationnelle », » nous avouons ne pas savoir ce qu'on entend par cette expression.

Si les conditions sous-entendues par la loi de Gresham ne sont pas données, l'action ne se conforme pas à ce qu'en énonce la loi. Si l'intéressé ignore que la valeur du marche diffère de la cote officielle, ou s'il ne sait pas qu'il est en droit d'opérer ses paiements avec la monnaie au cours le plus bas, ou s'il a une raison quelconque de payer à son créancier plus qu'il ne lui revient normalement — soit pour lui faire un cadeau, soit pour éviter des violences — dans tous ces cas les conditions prévues par la loi ne sont pas réalisées. L'expérience montre qu'elles valent pour la grande majorité des cas de rapport de débiteur à créancier. Mais même si l'expérience faisait voir que ces conditions ne sont pas réalisées dans un grand nombre de cas, cela n'ébranlerait nullement les raisonnements sur lesquels s'établit la loi, et cela ne retirerait rien de la valeur de la loi. Que les conditions prévues par la loi soient données ou non, que l'action soit ainsi ou non celle que la loi prédit, elle est dans tous les cas « finale-rationnelle. » Celui qui fait un cadeau ou qui cède à la menace et au chantage agit également de façon finale-rationnelle, et tout autant celui qui, par ignorance, agit d'autre façon qu'il ne ferait s'il était mieux informé.

Les lois de la catallactique, dont la loi de Gresham n'est qu'une application particulière, sont valables sans exception, partout et toujours, pour tout acte d'échange. Les conçoit-on de façon inexacte et incomplète en n'envisageant par exemple que l'avantage immédiat et évident (par exemple : on cherche à acheter à aussi bas prix que possible et à se libérer de ses dettes, on cherche à vendre à prix aussi élevé que possible), on est alors sans doute obligé de les compléter par toute une série d'autres lois, si l'on veut expliquer, par exemple, les prix particulièrement modestes des articles de réclame destinés à attirer le chaland. Mais personne ne pourra contester que le négociant agit, dans un cas de ce genre, de façon « purement finale-rationnelle » et parfaitement de sang-froid.

Si je ne désire qu'acheter du savon, je m'enquerrai du prix dans de nombreux magasins pour acheter dans le moins cher. Si la fatigue et la perte de temps qu'une telle recherche entraîne me semblent si désagréables que je préfère payer davantage, afin de les éviter, je m'adresserai dans ce cas au commerçant le plus proche. Si, en achetant le savon, je désire secourir en même temps un pauvre blessé de guerre, je l'achèterai auprès de l'invalide promenant sa marchandise, quoique cela me revienne plus cher. Dans de tels cas, je devrais, si je voulais noter mes dépenses de la façon la plus exacte, indiquer pour le savon le prix général de vente et pour le supplément que j'ai payé dans un cas « secours à l'indigent », dans l'autre cas « convenance personnelle » 44. Les lois de la catallactique ne sont pas simplement « approchées » comme on pourrait le croire d'après les formules que de nombreux auteurs en ont données. En leur attribuant un caractère d'universalité et d'objectivité, nous n'entendons pas objectivité dans le sens ordinaire du terme pour la théorie de la connaissance, mais aussi dans le sens d'indépendance à l'égard des jugements de valeur, selon l'exigence formulée à bon droit, dans la récente querelle des jugements de valeur à l'égard de la sociologie. Seule la théorie subjectiviste de la valeur répond à cette exigence, en tenant compte au même degré de tous les jugements de valeur, de toute appréciation subjective des valeurs pour expliquer les phénomènes d'échange, sans essayer un seul instant de distinguer l'action « normale » de l'action « anormale. » La querelle des jugements de valeur aurait eu une autre portée si les esprits qui s'y affrontaient avaient été familiarisés avec l'économie politique moderne et avaient connu en quel sens celle-ci résout le problème de l'objectivité.

On ne s'expliquerait pas ce refus de reconnaître aux théories de l'économie politique le caractère des « lois » scientifiques et cette intention de n'y voir que de simples « tendances, » si l'on ne songeait que l'école historique et réaliste était loin d'être familiarisée avec la science économique moderne et que l'économie politique signifie toujours pour elle l'économie classique. C'est ainsi que, pour citer par exemple la manifestation la plus récente de cette tendance, « il ne se rencontre jamais, » selon Karl Muhs,

sur le plan de l'économie, de séries causales définies et se suffisant à elles-mêmes, telles qu'un fait donné soit régulièrement et exclusivement déterminé par un autre. Tout processus causal se rencontre généralement avec d'autres faits ayant eux-mêmes à un degré plus ou moins prononcé un caractère de causalité, et influençant dans une direction donnée les directions du premier, en sorte que le résultat final résulte régulièrement d'un enchevêtrement de causes. Il est ainsi impossible de ramener la complexité de l'événement à une formule unique, reliant à une seule cause un seul effet, car une telle réduction serait inconciliable avec la complexité du processus causal. Quand une certaine catégorie de faits entraîne de façon assez générale certaines conséquences déterminées,... on a intérêt à parler de préférence de régularité, de légalité ou de tendances, à condition de ne jamais oublier que d'autres séries causales peuvent entraver ou modifier le développement de la première.

Ainsi se traduirait le fait, depuis longtemps reconnu dans l'économie politique un « caractère conditionnel et relatif du déterminisme économique et social. » 45

On comprend la popularité de cette affirmation et d'affirmations de ce genre si l'on considère, d'une part, ce qu'elles avaient de tentant pour toute réflexion qui prenait comme point de départ la distinction, héritée de l'économie politique classique, entre les facteurs économiques et les facteurs non économiques de l'établissement des prix — distinction maintenue sinon en son fond, du moins en ses termes par les fondateurs de l'école autrichienne 46 — et si l'on considère, d'autre part, que nous nous trouvons ici en présence de l'erreur fondamentale de l'école historique et classique.

Tout enchaînement causal nous éclaire, quelle que soit la science qui l'établit, sur un rapport de cause à effet. La connaissance qu'il nous assure ne dépend à aucun degré, ni pour notre connaissance sous son aspect théorique, ni dans son importance pratique pour la compréhension des phénomènes concrets ou pour la détermination de notre attitude, du fait qu'un autre rapport causal peut, en même temps, entraîner des résultats tout différents, en sorte que l'action de l'un peut être partiellement ou entièrement supprimée par l'action de l'autre.

C'est ce que l'on a coutume d'exprimer parfois par cette réserve, toute naturelle d'ailleurs, que la loi considérée ne vaut que « toutes choses égales par ailleurs » (ceteris paribus). La loi des rendements décroissants, par exemple, ne perd nullement son caractère de loi du fait que peuvent interférer des modifications techniques qui compensent son action. Il est logiquement indéfendable d'en appeler sur ce point à la diversité et à la complexité de « la vie. » L'organisme humain vit lui aussi et les processus organiques sont soumis à une causalité complexe. Mais personne cependant ne refuserait à la loi selon laquelle un apport d'albumine, de graisses et de féculents favorise les fonctions organiques, le caractère de loi, sous prétexte qu'un apport simultané de cyanure entraîne des conséquences mortelles 47.

En résumé : les lois de la sociologie ne sont ni des « types idéaux » ni des « types moyens » ; elles constituent bien plutôt l'expression de ce qui, dans la complexité et la diversité des phénomènes, se révèle à la science de l'action humaine avec un caractère de permanence et, à propos de chaque cas singulier, de nécessité qu'il faut faire ressortir. Les concepts sociologiques ne sont pas des constructions « élaborées en mettant unilatéralement l'accent sur un ou quelques aspects du problème et en combinant en une "représentation idéale" cohérente une complexité de phénomènes individuels se présentant à différents degrés (quelquefois même ne se présentent pas), à l'état diffus ou singulier, et se laissant encadrer dans cet aspect du problème sur lequel on a choisi arbitrairement de mettre l'accent. » Elles rassemblent plutôt les caractères qui se reproduisent de façon identique dans chacun des cas particuliers auxquelles elles s'appliquent. La causalité sociologique ne se rapporte pas à des événements qui se produisent dans la plus grande majorité des cas, mais sans nécessité aucune ; elle se rapporte au contraire à ce qui doit toujours et nécessairement se produire, dans des conditions déterminées, et dans la mesure où ces conditions sont réalisées.



Notes

1. Kracauer, Soziologie als Wissenschaft, Dresde, 1922, pp. 20 sqq.

2. Cf. Pohle, Die gegenwärtige Krisis in der deutschen Volkswirtschaftslehre, 2e édition, Leipzig, 1921, pp. 86 sqq. et 116 sqq.

3. Cf. mon ouvrage Kritik des Interventionismus (Trad. fr. : Critique de l'interventionnisme), Iéna, 1929, pp. 2 sqq. et 57 sqq.

4. Cf. Fürst Bismarcks Reden, édition Stein, tome VII, 202.

5. Menger, lui aussi, dans ses célèbres Untersuchungen über die Methode der Sozialwissenschaften, part non point des énoncés modernes de l'économie politique subjectiviste, mais du système de la méthode et de la logique de l'économie politique classique. Le passage du système classique au système moderne ne s'est effectué que progressivement ; il fallut un bon laps de temps pour que ce passage se traduisit dans tous les domaines partiels de la pensée économique et plus longtemps encore pour que l'on appréciât dans toute sa signification l'importance de la révolution qui s'était ainsi produite. Ce n'est qu'aux yeux d'une histoire rétrospective des théories de l'économie politique que les années où apparurent les doctrines de Menger, Jevons et Walras apparaissent comme le commencement d'une époque nouvelle dans l'histoire de notre science.

6. La question, soulevée par la querelle, de l'objectivité des sciences sociales étaient résolue depuis longtemps ; elle n'avait en réalité jamais constitué un problème dont la solution eut pu présenter une quelconque difficulté. Cf. Cantillon, Essai sur la nature du commerce en général (p. 56 de la traduction allemande, Iéna, 1931) ; Ricardo, Notes on Malthus « Principles of Political Economy, » édition Hollander et Gregory, Baltimore, 1928, p. 180 ; J. Stuart Mill, System of Logic Ratiocinative and Inductive, 8e édition, Londres, 1872, tome VI, chapitre 12,  6 ; Cairnes, Essays in Political Economy, Theoretical and Applied, Londres, 1873, pp. 256 sqq.; Sidgwick, The Principles of Political Economy, 2e édition.; Londres, 1887, pp. 12 sqq.

7. Cf. sur ce point Bernheim, Lehrbuch der historischen Methode, 6e édition, Leipzig, 1908, pp. 101 sqq et Rothacker, Einleitung in die Geisteswissenschaften, Tübingen, 1920, p. 195.

8. Breysig, Der Stufenbau und die Gesetze der Weltgeschichte , 2e édition; Berlin, 1927, p. 165.

9. A propos de remarquer de Rickert, admettant la possibilité d'une « représentation inductive, à la façon des sciences physiques » « des destins de l'humanité civilisée. » Cf. ci-dessous, p. 116.

10. Jaspers (Max Weber, Oldenburg, 1932, p. 43) appelle Weber un « historien universel » et ajoute : « Sa sociologie est une histoire universelle » Sur Max Weber économiste, cf. mon ouvrage Kritik des Interventionismus (Trad. fr. : Critique de l'interventionnisme), pp. 85 sqq.

11. Max Weber, Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, Tübingen, 1922, p. 172.

12. Op. cit., p. 178.

13. Op. cit., p. 181.

14. Op. cit., p. 185.

15. Op. cit., pp. 189 sqq.

16. Op. cit., p. 190.

17. Op. cit., p. 191.

18. Op. cit., p. 190.

19. Op. cit., p. 191.

20. Op. cit., p. 193.

21. Op. cit., p. 193.

22. Op. cit., pp. 520 sqq.

23. Op. cit., p. 184.

24. Par l'élaboration des types idéaux.

25. Op. cit., p. 195.

26. Schelting remarque avec justesse : « Sous le nom de "type idéal", Max Weber a, le premier, reconnu clairement et distinctement une forme spécifique de l'élaboration scientifique des notions. Ce type idéal est une découverte logique et non une "invention". Max Weber n'entendait nullement recommander à la science un procédé qu'elle n'avait pas encore utilisé. Il a voulu éclairer un fait logique déjà présent, parce que répondant à la nature de la science de la culture humaine. » Cf. Schelting, « Die logische Theorie der historischen Kulturwissenschaft von Max Weber und im besonderen sein Begriff des Idealtypus, » Archiv für Sozialwissenschaft, tome XLIX, p. 174. Voir aussi Pfister, Die Entwicklung zum Idealtypus, Tübingen, 1928, pp. 131 sqq.

27. Alfred Schütz (Der sinnhafte Aufbau der sozialen Welt, Vienne, 1932) a repris et transformé l'épistémologie de Max Weber, cherchant à en écarter la théorie sur le caractère logique des lois de l'économie politique que nous y critiquons également (Cf. en particulier pages. 277). Nourries au système de Husserl, les pénétrantes recherches de Schütz parviennent à des conclusions d'une importance et d'une fécondité toute particulière, tant pour l'épistémologie que pour la science elle-même. Ce serait cependant sortir du cadre de ce travail, sans résultat tangible pour le but qu'il se propose, que de vouloir apprécier ici la notion de « type idéal » telle qu'elle a été reprise par Schütz. Nous réservons cette discussion pour un autre travail.

28. Max Weber, Wissenschaftslehre, op. cit., p. 191.

29. Gottl, Die Herrschaft des Wortes, 1901, repris dans Wirtschaft als Leben, Iéna, 1925, pp. 165 sqq.

30. Cf. Weber, Wissenschaftslehre, op. cit., p. 117, remarque 2. Comparez sur ce point la description par Weber du « fait fondamental dont dépendent tous les phénomènes que nous appelons, au sens le plus large du mot, socio-économiques », op. cit.bid., p. 161.

31. Cf. notre Gemeinwirtschaft (Trad. fr. :Le Socialisme), 2e édition, Iéna, 1932, p. 90 et Heckscher, « A Plea for Theory in Economic History, » Economic History, volume 1, p. 527.

32. Cf. Felix Kaufmann, « Logik und Wirtschaftswissenschaft, » Archiv für Sozialwissenschaft, tome LIV, p. 620 sqq. sur la notion hypostasiée de « besoin ».

33. Cf. Halberstädter, Die Problematik des wirtschaftlichen Prinzips, Berlin et Leipzig, 1925, p. 61.

34. Cf. Lexis, op. cit., p. 14.

35. Cf. Scheler, Der Formalismus in der Ethik und die formale Wertethik, 2e édition, Halle, 1921, p. 104.

36. Cf. Max Weber, « Wirtschaft und Gesellschaft, » Grundriss der Sozialökonomik, Tübingen, 1922, 3e partie, p. 12.

37. Op. cit., p. 2.

38. Op. cit., p. 1.

39. Op. cit., p. 13.

40. Op. cit., p. 12.

41. Op. cit., p. 9.

42. Op. cit., p. 5.

43. Cf. notre Kritik des Interventionismus (Trad. fr. : Critique de l'interventionnisme), op. cit., pp. 123 sqq.

44. Voir ci-dessous, pp. 166 sqq.

45. Karl Muhs, « Die "wertlose" Nationalökonomie, » Jahrbücher für Nationalökonomie und Statistik, tome CXXIX, p. 808.

46. Sur ce point, voir ci-dessous, pp. 162 sqq.

47. J'ai intentionnellement refusé de choisir ici un exemple de proposition d'une science naturelle impliquant les mathématiques, mais un énoncé de biologie. Dans ma présentation, cet énoncé est vague et ne peut prétendre au caractère de loi, sous quelque forme qu'on le conçoive. Je l'ai fait parce qu'il me revenait de montrer que, si l'on accepte l'argument de l'opération conjointe de facteurs causaux multiples, on ne peut pas même nier le caractère de parfaite conformité au critère définissant la loi à un énoncé de ce genre.


Chapitre précédent  |  Suite du chapitre  |  Table des matières  |  Page Ludwig von Mises  |  Page d'accueil