Grandeur et décadence de la guerre


par M. Gustave de Molinari.

Correspondant de l’Institut, rédacteur en chef du Journal des Économistes


III. Appendice

Note D.

P. 102. — Le rétablissement et le démarquage des impôts de l’ancien régime en France.


La réforme des impôts de l’ancien régime a été une simple mascarade. D’abord, les anciens impôts ont été abolis, en effet ; mais comme le gouvernement révolutionnaire ne s’était point avisé de réduire les dépenses publiques, il fallut bien combler le vide causé par l’abolition des anciens impôts. Ce vide on essaya de le remplir au moyen du papier-monnaie, des confiscations et des réquisitions ; mais ces ressources révolutionnaires eurent une fin, et un beau jour le trésor public se trouva complètement à sec. Alors que fit-on ? On rétablit purement et simplement les impôts que la révolution avait abolis. Seulement on eut soin de leur donner d’autres noms, afin de ne pas trop effaroucher les contribuables. Ainsi la taille et les vingtièmes prirent le nom de contribution foncière ; la taxe des maîtrises et jurandes, le droit de marc d’or, que l’on payait pour être admis à faire le commerce ou à exercer une profession industrielle furent remplacées par les patentes ; le droit de contrôle fut désormais connu sous le nom de timbre ; les aides se nommèrent contributions indirectes, droits réunis ; la gabelle, si odieuse, reçut la dénomination anodine d’impôt du sel ; les octrois furent d’abord abolis, mais on ne tarda guère à les rétablir sous la philanthropique désignation d’octrois de bienfaisance ; les corvées demeurèrent supprimées, mais les paysans furent assujettis aux prestations en nature. Bref, tout le vieux système d’impôts reparut ; on prit seulement la peine de le débaptiser.

Les Révolutions et le despotisme, envisagés au point de vue des intérêts matériels. P. 107


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