Liberté économique et interventionnisme

par Ludwig von Mises

traduit par Hervé de Quengo

 

27. L'échec économique du système soviétique

 

Publié pour la première fois dans le New York World Telegram & Sun, 5 october 1959.

Il semble que dans les vives polémiques de la guerre froide les gens ont perdu de vue le sujet du débat entre socialisme et capitalisme. L'objectif du socialisme et du communisme n'est ni de nous « enterrer », ni d'occuper toute la ville de Berlin, ni la conquête d'un seul des pays restant libres.

Le socialisme, comme l'ont annoncé ses prophètes par le passé et comme le répètent sans arrêt ses professeurs, ses journalistes et ses défenseurs politiques dans leurs livres, discours et plates-formes, vise une amélioration spectaculaire du niveau de vis de l'homme ordinaire.

Les marxistes et tous les autres amis du socialisme déclarent que le capitalisme conduit inévitablement à un appauvrissement croissant des masses. Tandis que les riches deviennent plus riches, disent-ils, les pauvres deviennent plus pauvres. Cela serait particulièrement vrai du capitalisme parvenu à « maturité », du système américain actuel de ce qu'ils appellent le « capitalisme impérialiste du monopole et de la finance ». Ils prétendent que tous les projets comme le syndicalisme ou la sécurité sociale, destinés à protéger ou à calmer les effets funestes du système de la libre entreprise, sont vains.

Il n'y a qu'une seule voie possible, disent-ils, pour éviter l'éclipse de la civilisation. C'est de substituer le socialisme au capitalisme. Le socialisme déversera une corne d'abondance sur les masses que les « exploiteurs » capitalistes ont réduites à la plus grande pénurie.

Voilà ce que le message socialiste promettait au monde et ce à quoi l'U.R.S.S., l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, était résolue de parvenir. « Un peu de patience et attendez que notre plan quinquennal fasse ses effets, vous verrez alors ce que le socialisme peut faire. Ne croyez pas les théoriciens qui affirment avoir démontré l'infériorité et l'absurdité des méthodes socialistes. Nous vous montrerons les miracles qu'une planification gouvernementale intégrale peut accomplir. Ne pleurez pas le lait renversé. On ne peut pas faire d'omelette sans casser des oeufs. Mais notre omelette sera une merveille. »

Et bien, où sont ces bienfaits tant vantés des méthodes de production socialistes ? Nous avons aujourd'hui, 42 ans après les « dix jours qui ébranlèrent le monde » et après une succession d'une demi-douzaine de plan quinquennaux et septennaux et de purges sanglantes, l'occasion de comparer le fonctionnement des deux systèmes, capitalisme et socialisme. Personne n'aurait le courage de nier que le niveau de vie de l'homme ordinaire est incomparablement plus élevé en Europe occidentale capitaliste — pour ne pas parler des États-Unis, paragon du capitalisme — qu'en Russie communiste. En laissant de côté tout ce qui peut être dit par ailleurs sur la dictature du prolétariat, il est nécessaire de le souligner que le socialisme a lamentablement échoué sur le point même qui, d'après sa propre doctrine, est le seul qui compte.

Les communistes essaient de détourner l'attention de ce fait essentiel par un barrage de statistiques arrangées et en nous racontant qu'à une date ultérieure — en 1965, 1984, ou 2050 — la production de la Russie égalera ou même dépassera la production américaine actuelle. Jusqu'à présent toutes les prédictions de ce genre ont été réfutées par la réalité. L'expérience a démenti tout cette creuse vantardise. Et à chaque fois qu'un nouveau pays libre fut intégré dans l'orbite socialiste, sa production industrielle et agricole chuta immédiatement.

Les socialistes ont totalement dénaturé le fonctionnement de l'économie de marché, du système qu'on appelle habituellement le capitalisme. Le capitalisme est fondamentalement une production de masse destinée à satisfaire les besoins des masses. Alors que les industries de transformation des époques pré-capitalistes s'adressaient presque exclusivement aux désirs d'une minorités de gens aisés, l'industrie moderne est au service de cet homme ordinaire dont on parle tant.

Tout ce que produit la grande industrie sert directement ou indirectement, mais inévitablement, le citoyen ordinaire. Il n'y a pas d'autre moyen pour l'industrie de prospérer et de grandir en taille que de rendre ses produits et ses services accessibles au plus grand nombre.

Les magasins qui produisent des biens de luxe pour le petit nombre restent de petite ou de moyenne taille. Le capitalisme a ainsi conduit à une amélioration sans précédent du niveau de vie des masses et à une augmentation également sans précédent de la population. Le capitalisme déprolétarise les prolétaires et les élève au rang de « bourgeois ». Le salarié américain moyen jouit de commodités dont les princes et les seigneurs les plus riches des époques pré-capitalistes ne rêvaient même pas.

Les dirigeants de la Russie savent très bien pourquoi ils empêchent leur peuple, au moyen d'un système de censure rigide, d'apprendre les véritables conditions de vie de l'Occident capitaliste. Le pouvoir communiste est basé sur le maintien dans l'ignorance crasse des masses vivant derrière le Rideau de fer. Le système soviétique s'effondrerait si ses victimes obtenaient des informations fiables sur la vie normale de l'homme ordinaire en Europe occidentale et aux États-Unis.


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