L'Empire socialiste des Inka


Université de Paris — Travaux et mémoires de l'Institut d'Ethnologie — V (1928)

par Louis Baudin
Professeur à la faculté de Droit de Dijon

Appendice — A l'exemple des Inka

L'influence exercée par la civilisation des Inka sur les peuples étrangers après la conquête a été très faible. Aucune des colonies socialistes fondées en Amérique au courant du XIXe siècle, dont plus de 50 ont existé dans les seuls États-Unis, ne s'est inspirée des anciens Péruviens, et quand le socialisme européen a pénétré dans les États du Pacifique vers le milieu du siècle dernier, il s'est développé surtout dans les pays d'immigration qui n'avaient pas été conquis par les Inka ou n'avaient été que partiellement soumis : le Chili et la Colombie 1. La seule grande tentative d'organisation que l'on puisse rapprocher de celle que nous venons d'étudier est celle des Réductions du Paraguay. L'abbé Raynal dit expressément que les Jésuites prirent pour bases les règles posées par les Inka 2. Au Paraguay les terres étaient partagées entre les communautés indigènes et l'État ; les produits du domaine national (Propriété de Dieu) étaient conservés dans des magasins publics, ils servaient à l'entretien du culte, des veuves, des orphelins, des infirmes, des hauts fonctionnaires et constituaient des réserves pour les mauvaises années. Toute la direction économique était concentrée aux mains des missionnaires qui assignaient à chacun son métier ; aucune monnaie ne circulait à l'intérieur et le commerce extérieur était restreint autant que possible, afin d'isoler les Réductions du reste du monde 3. L'existence à des époques différentes sur ce même territoire sud-américain de deux communautés socialistes, l'une théocratique au XVIe siècle : les Réductions, l'autre égalitaire au XIXe siècle : la colonie de New-Australia, permet de mesurer la différence des résultats obtenus. La première fut longtemps prospère ; la deuxième périclita presque immédiatement 4.

Les Espagnols qui auraient pu, plus que tous les autres Européens, subir l'influence péruvienne, se sont bornés à étudier le régime agraire, et encore sont-ils restés surtout imbus des souvenirs de l'histoire romaine ou grecque. Le licencié F. Murcia de la Llana en 1624, Floranes en 1797, Florez Estrada en 1839 ont cherché dans le système inka des justifications de leurs thèses 5.

Il est curieux que la littérature espagnole elle-même se soit peu inspirée de l'Amérique précolombienne ; c'est à peine si l'on trouve dans « le siècle d'or » quelques pièces relatives aux Inka, telle que la Aurora en Copacavana de Calderon de la Barca, type de drame religieux où l'on voit l'idolâtrie paraître sur la scène en chair et en os 6.

Plus bizarre encore est le fait que la plupart des utopistes aient négligé l'Amérique du Sud. Platon demeure la source où viennent puiser les constructeurs de cités futures, Thomas Morus tout le premier 7. Campanella et Morelly semblent faire exception ; le premier a peut-être emprunté aux Péruviens quelques-uns des éléments de son système, outre le titre même de son livre : Civitas Solis (1630) 8 ; le second, qui prétend prendre les Inka pour modèles dans sa Basiliade parle de culture en commun, de magasins publics et même de routes « bordées à distances égales de quelques habitations champêtres », mais la société qu'il décrit est communiste et vit en un pays très fertile, ce qui la différencie profondément des sociétés précolombiennes de l'Amérique du Sud 9 ; Francis Bacon, dans sa New Atlantis (1627), mentionne le Pérou à plusieurs reprises, mais sans s'inspirer de l'organisation péruvienne 10. Par contre, comme il est naturel, nous trouvons dans les ouvrages des utopistes des conceptions qui ont été réalisées au temps des Inka : chez Vairasse d'Alais, qui connaît les Commentaires de Garcilaso, un pays où tous les habitants sont riches sans rien posséder eu propre et où « personne ne manque des choses nécessaires et utiles à la vie » 11, chez Bulwer Lytton 12 une inégalité relative des fortunes sans misère véritable, chez Rétif de Bretonne 13 des communautés agraires, chez Bellamy 14 un fonctionnarisme universel et une réglementation de la production ; cependant, ce sont encore les États imaginaires dé Morus, de Morelly (dans sa Basiliade15, de Cabet 16, avec leur appareil géométrique, qui se rapprochent le plus de l'Empire péruvien.

Parmi les historiens et les philosophes, nombreux sont ceux qui se sont occupés des Indes de Castille, en France notamment, mais c'est surtout le point de vue moral qu'ils ont envisagé. Bodin se borne à démontrer, en prenant pour exemple le meurtre d'Atahualpa, qu'en politique le plus fort trouve toujours un prétexte pour accomplir son dessein 17 ; Montaigne, qui a lu Gómara, Benzoni et peut-être las Casas, vante les vertus des Américains et, en critiquant les Espagnols, vise toute la civilisation de son temps 18. En Espagne même, Guevara, dans L'Horloge des Princes (1529), et Ercilla y Zuñiga, dans L'Araucana (1590), protestent contre les excès commis par les vainqueurs 19.

Au XVIIe, comme au XVIe siècle, les conquérants espagnols continuent d'être sévèrement critiqués, dans un but parfois manifestement politique. Les Indiens bénéficient de l'horreur inspirée par leurs bourreaux et deviennent des modèles de vertu 20.

C'es au XVIIIe siècle, que les Inka font fureur dans notre pays, mais ce sont des Inka « bons pères de famille », tels peuvent les concevoir les lecteurs de Garcilaso et de Las Casas. Quoiqu'ils ne soient pas aussi à la mode que les « bons sauvages » du Paraguay ou de l'île de Tahiti, ils figurent en bonne place dans les comédies et les ballets. Les Indes Galantes de Rameau (1735) content les amours d'une fille d'Inka avec un officier espagnol ; Voltaire, qui cite Garci­laso, Herrera, Zárate et Las Casas, consacre à la conquête du Pérou un chapitre bref et peu instructif dans son Essai sur les mœurs 21 ; par contre il écrit Alzire, drame qui fut représenté pour la première fois le 27 janvier 1736 et qui remporta un succès incroyable. A notre point de vue, cette pièce est totalement dénuée d'intérêt, car l'auteur n'a nullement cherché à se documenter sur l'histoire et les coutumes des Indiens 22.

L'invasion américaine s'aggrave dans la deuxième partie du XVIIe siècle. Sur la scène se succèdent la Péruvienne de Boissi (1748), la Péruvienne encore de Rochon de Chabannes (1754), Manco-Capac de Iteblanc (1763) 23, Azor ou les Péruviens de Du Rozoi (1770). Les Lettres d'une Péruvienne, de Mme de Graffigny (Paris, 1752), en deux volumes, connaissent le succès ; on y voit une Indienne qui' adresse au moyen de kipu de longues missives dans le style fleuri et ampoulé de l'époque 24.

J. F. Marmontel, en 1777, publie son célèbre roman : les Incas ou la destruction de l'Empire du Pérou, fantaisiste, fastidieux et d'un sentimentalisme écœurant. Il multiplie les invraisemblances et, circonstance aggravante, il se réfère perpétuellement aux sources et insiste sur le caractère historique de son œuvre. .Il suppose qu'un Mexicain vient raconter aux Péruviens les malheurs de sa patrie et il nous montre l'Ink:a, au moment où l'Empire est menacé de toutes parts, pardonnant à un Espagnol d'avoir enlevé une Vierge du Soleil, crime exceptionnellement grave, comme nous le savons. Tout est si bien ordonné dans l'État qu'il nous présente qu'on se prend à admirer le désordre et les habitants sont si exagérément vertueux qu'on est presque tenté de regretter l'absence de vices 25.

Enfin, malgré leur extrême brièveté, les développements qui figurent dans la Grande Encyclopédie, aux mots Inka et Pérou, contiennent aussi plusieurs erreurs capitales. Nous avons le sentiment en les lisant que les Français du XVIIIe siècle pouvaient donner impunément libre cours à leur imagination quand ils parlaient de l'Amérique du Sud, ils trouvaient toujours un public disposé à les croire.

Certains esprits plus scientifiques ont traité du Pérou dans leurs ouvrages. Nous avons déjà cité l'abbé de Pauw ; malgré sa partialité et ses exagérations, on est presque reconnaissant à cet écrivain paradoxal d'avoir osé remonter « le torrent intarissable de glaciale sensibilité » 26 qui emportait tous ses contemporains. L'abbé Raynal, que nous connaissons également déjà, nous donne dans son Histoire Philosophique... un œuvre très caractéristique de l'état des esprits en cette fin de siècle où l'on ne veut pas renoncer à l'idéal du « bon sauvage » et où pourtant, après les voyages de la Condamine et de Bougainville, on ne peut plus se bercer d'illusions 27. L'abbé Raynal louange et blâme le Pérou tout à la fois, ses idées sont nombreuses, mais confuses, et ses conclusions incertaines.

Dans le livre VII du tome II, cet auteur brosse un tableau enchanteur de l'Empire inka ; puis constatant que la propriété était collective, il se demande comment les Péruviens, privés du stimulant de l'intérêt personnel, ne sont pas tombés dans la misère. Il répond par un raisonnement singulier : les Inka, ne connaissant pas la monnaie, obligeaient les Indiens à cultiver leurs terres, en guise de tribut, et « leur patrimoine était si confusément mêlé à celui de leurs sujets qu'il n'était pas possible de fertiliser l'un sans fertiliser l'autre ». L'abbé Raynal croit que les Péruviens ne s'élevèrent jamais au-dessus du plus étroit nécessaire. « On peut assurer qu'ils auraient acquis les moyens de varier et d'étendre leurs jouissances si des propriétés foncières commerçables (sic) héréditaires avaient aiguisé leur génie. » Le célèbre philosophe prétend encore que le commerce n'existait pas, que les arts « de détail » étaient imparfaits, que les récits des Espagnols relatifs aux villes, aux monuments, aux routes, aux kipu, sont des légendes, ce qui ne l'empêche pas de blâmer ceux qui ont traité de fables les récits faits sur les Inka. Selon lui enfin, les lois devaient insensiblement s'altérer, en raison de l'absence d'écriture, mais par bonheur l'ignorance absolue des monnaies d'or et d'argent empêchait le monarque de thésauriser. En définitive l'abbé Raynal n'admire pas sans réserves les institutions péruviennes et cache une grande inquiétude d'esprit sous un enthousiasme factice 28.

Adam Smith, plus bref que l'abbé Raynal, n'a pas été mieux inspiré que lui. Il certifie que les Indiens du Mexique et du Pérou n'ont pu jouir d'une civilisation véritable et en conclut que la population de ces deux Empires devait être très faible : « Il paraît impossible, dit-il, que l'un ou l'autre de ces Empires ait pu être civilisé ni aussi bien cultivé qu'aujourd'hui, où ils sont abondamment pourvus de toutes sortes de bestiaux d'Europe et où l'usage du fer, de la charrue et de la plupart de nos arts s'est introduit chez. Eux ; or la population d'un pays doit nécessairement être en proportion du degré, de sa civilisation et de sa culture 29. Malgré la barbarie avec laquelle on a détruit les naturels du pays après la conquête, vraisemblablement ces deux grands Empires sont aujourd'hui plus peuplés qu'ils ne l'ont jamais été, et le peuple y est certainement d'une nature fort différente, car je pense que tout le monde conviendra que les créoles espagnols sont, à beaucoup d'égards, supérieurs aux anciens Indiens 30. »

On voit que l'illustre économiste anglais n'était pas exempt de préjugés.

A l'encontre de l'abbé de Pauw, le comte de Carli trace du Pérou une riante esquisse, déformation grossière de la réalité dont Garcilaso demeure responsable. Le système péruvien, à l'en croire, est uniquement l'œuvre des Inka ; il est fondé sur la différenciation de la propriété « naturelle » et de la propriété « légale » et il aboutit au bonheur absolu. Cependant de Carli n'est pas un auteur sans mérite ; il critique avec esprit de Pauw qui « a regardé comme sauvage tout ce qui n'est pas à Berlin ou à Breslau » et qui, « par une étrange métamorphose, semble avoir hérité de l'âme du moine Vincent Valverde » (ce moine qui, à Cajamarca, présenta les Évangiles à l'Inka et donna le signal du massacre) ; il note que le Pérou ne peut être qualifié d'Etat conventuel ou de réunion monastique, car « cette forme de gouvernement ne pouvait avoir effet que dans des limites très étroites » ; il indique avec raison que la disparition des besoins factices, conséquence de l'énergique politique des Inka, est dans toute société humaine le fondement du bonheur 31. Il conclut dans un élan d'enthousiasme, excessif mais sincère : « Je suis tellement plein de l'idée de l'ancien Gouvernement du Pérou que je me crois réellement moi-même Péru­vien. Il me semble au moins que je voudrais voir réaliser un pareil système, en quelque endroit du globe. J'irai jouir d'un bonheur parfait pendant le temps qui me reste à vivre 32. »

A la veille de la révolution, en 1787, l'Académie de Lyon mettait au concours le sujet suivant : De l'influence de la découverte de l'Amérique sur le bonheur du genre humain. Parmi les ouvrages présentés sous ce titre, celui de l'abbé Genty mérite seul de retenir l'attention 33.

Cet auteur, comme l'abbé Raynal, admet à la fois que la propriété a été collective chez les Inka et que ce peuple a été très heureux, mais, comme il considère toute socialisation comme un mal, il cherche, par de subtils raisonnements, à sortir de l'impasse où il se trouve engagé. D'après lui, l'absence de propriété individuelle est la cause des imperfections que l'on relève dans la civilisation péruvienne : « Les divers monuments et toutes les productions des arts n'étaient dus qu'à des efforts prodigieux de patience et d'industrie ; la plus grande partie de l'activité nationale se consumait inutilement, faute d'instruments propres à la diriger et à en multiplier les effets » (p. 29). Enfin, si les Péruviens étaient heureux, ce n'était qu'un bonheur temporaire, les Espagnols sont arrivés au moment même où le malheur allait naître. La conclusion de l'abbé Gent y est décourageante. L'univers entier devait attendre « des fruits inestimables » de la découverte de l'Amérique, mais ces fruits « ont été changés en poisons mortels par la rage des conquérants et l'ambition des rois » (p. 294).

En somme les auteurs cherchent dans le système d'organisation des Inka, tel que le rapportent le petit nombre de chroniqueurs qu'ils connaissent, une confirmation de leur propre thèse politique et économique. Hostilité à l'égard des Espagnols, sympathie pour les Indiens, croyance au bonheur des sujets des Inka, mais à la nocivité de la propriété collective, tels sont généralement les dogmes qu'ils admettent. Non seulement ils se font une idée inexacte du système péruvien, mais leur ignorance même de la géographie de l'Amérique du Sud est surprenante. Ne voit-on pas l'abbé Raynal s'imaginer que la fertilité du sol et la douceur du climat rendent le travail facile aux habitants (t. 2, p. 142) ?

Au XIXe, siècle nous ne trouvons, à côté des romans de pure imagination, que les œuvres scientifiques dont nous avons parlé au chapitre premier. Personne ne donne plus les rouges en exemple aux blancs. ..

Les Inka ont. déserté aujourd'hui le théâtre et la littérature et leur .influence est morte. Quand, en 1913, M. Gaston Leroux s'avise d'écrire son amusant roman, L' éclipse du Soleil, dans lequel il fait revivre quelques grandes scènes du Pérou antique, en brodant avec beaucoup de fantaisie sans doute, mais toujours sur un canevas historique soigneusement établi, il a beau citer en note Garcilaso, Cieza de León et Sarmiento, le lecteur demeure méfiant, les faits qu'on lui conte semblent trop fantastique pour être croyables et, malgré les références fournies par l'auteur, il ne se laisse pas convaincre. Jamais le vrai n'a été si peu vraisemblable.

1 De Mazade, Le socialisme dans l'Amérique du Sud. Revue des Deux Mondes, 15 mai 1852.

2 Histoire philosophique..., t. 2, p. 277. L'auteur anonyme d'un mémoire de l'Académie de Dijon daté de 1874 (L'influence des Jésuites considérés comme missionnaires sur le mouvement des idées au XVIIIe siècle) dit également, en parlant de l'organisation établie par les Jésuites au Paraguay : « Peut-être en trouvèrent-ils le germe dans l'ancienne organisation sociale du Pérou. » V. Lettres édifiantes et curieuses, op. cit., t. 10, 11, 19, 23. – Lugones, El imperio jesuítico, op. cit. – Pablo Hernández,Organización social de la Compañia de Jesus, op. cit. – Charlevoix, Histoire du Para­gay, op. cit. – Sagot, Le communisme au Nouveau Monde, op. cit. – Demersay, Histoire physique, économique et politique du Paraguay, Paris, 1860-1864. – Pfotenhauer, Die Missionen der Jesuiten in Paraguay, trois vol., Gütersloh, 1891-1893. – Gothein, Der Christlich-Soziale Staat der Jesuiten in Paraguay, op. cit. – M. Fasbinder, Der Jesuitenstaat in Paraguay, op. cit. –.R. Lozano, Historia del Paraguay, op. cit. – F. de Azara, Viajes inéditos desde Santa-Fé, á la Asunción, al inte­rior del Paraguay, y á los pueblos de misiones, Buenos-Aires, 1873. – C. Baez, Le Paraguay, Paris, 1927.

3 Le peso servait de monnaie de compte, encore les prix étaient-ils fixés à des chiffres invariables. Ce système n'a pu se maintenir que grâce à l'absence complète de mines au Paraguay, à l'isolement des Réductions et à la rareté des échanges privés.

4 Droulers, Une colonie socialiste au Paraguay. Réforme sociale, 1895, t. 2. – Saint-Grahame, Where socialism failed, Londres, 1912.

5 J. Costa, Colectivismo agrario..., op. cit., p. 76-192.

6 Aucun poète de talent n'a chanté la conquête du Pérou. La Conquista de la Nlœva Castilla, publiée à Paris en 1848, et la Lima fundada, de P. de Peralta Barnuevo. (Lima, 1732), sont des œuvres sans valeur. Mentionnons, parmi les pièces de théâtre, la Trilogia de las hazañas de los Pizarros en el Nuevo Mundo y sus aventuras amorosas en la metrópoli, de Tirso de Molina, et l'Atahualpa, de Cortés (1784).

7 L'Utopie a été publiée en 1516, avant la découverte du Pérou par conséquent.

8 Campanella a pu connaître les récits de Jerez, Gómara, Cieza de León, Zárate, Acosta (M. Mauss, Analyse et critique de l'ouvrage de De Greef sur l'Evolution des croyances et des doctrines politiques. Le Devenir Social, 1890, p. 370, n. 2). « Campanella devait avoir lu des récits sur cet étrange pays (le Pérou). » (P. Lafargue, Campanella. Le Devenir Social, 1895, p. 574.)

9 Naufrage des Îles flottantes ou Basiliade du célèbre Pilpai, Messine, 1753, t. I, p. XLI, 4 et 105. On peut dire cependant que c'est par l'intermédiaire de Morelly que l 'Empire des Inka, quoique mal connu et mal compris, a exercé une certaine influence sur le socialisme moderne.

10 Edition de Cambridge, 1919, p. 1 et 17.

11 Histoire des Séverambes, Amsterdam, 1677'

12 The coming race, trad. franç., Paris, 1888.

13 Découverte astrale, Leipzig, 1782. – L'Andrographe, La Haye, 1782.

14 Looking backward, Boston, 1888.

15 Dans son Code de la Nature, Morelly prévoit dés règles strictes d'organisation : mariage obligatoire, suppression de la propriété individuelle, création de magasins publics, mais il s'écarte nettement du système péruvien sur bien des points : liberté de consommation, principe d'élection, etc.

16 Voyage en Icarie, Paris, 1840.

17 République, liv. 5, ch. 6 (Edition de Paris de 1577, p. 269). Atabalippa, comme écrit Bodin, a beau payer la rançon qu'on lui, demande et embrasser ensuite la foi catholique, il n'en est pas moins mis à mort : « Quand il n'y'a plus d'excuses, le plus fort en matière d'état ne laisse pas toujours de le gagner et le plus faible a tort. »

18 Essais, liv. 3; ch. 6. – P. Villey, Les sources des Essais (t. IV de l'édition Strowsky et Gebélin, Bordeanx, 1919) : Montaigne connut une traduction française complète de Gómara de 1584 et la traduction de Benzoni de 1579 ; il goûta surtout l'élégance et l'ironie du premier de ces écrivains (C. Pereya, Montaigne et López de Gómara. Revue de l'Amérique latine, 1er août 1924, p. 404).

19 Chinard, L exotisme américain dans la littérature française au XVIe siècle, Paris, 1911, p. 224.

20 Agrippa d'Aubigné, en s'excusant de ne point parler de la conquête du Pérou, s'exprime ainsi avec franchise : « Je renvoye mon lecteur aux Espagnols qui en ont escript, meu de deux considérations. L'une que je ne sçaurais entrer en ce discours sans passion contre les cruautés et perfidies, ce qui serait soupçonné d'un Français, et cette passion contre ma profession. » (Histoire universelle, Paris, 1616, liv. I, ch. 16).

21 T. 2, ch. CXLVlI. Voltaire soupçonne non sans raison Las Casas d'exagérer, mais i1 rapporte quand même les affirmations de cet écrivain.

22 L'abbé Galiani critique spirituellement les personnages de cette pièce dans sa lettre à Mme d'Epinay du 20 février 1773 « Alvarez, faible et pleureur, n'a rien du courage ni de la fierté castillane... Alzire est une des meilleures théologiennes de son siècle... Montèze, ni américain, ni espagnol, ni sauvage, ni chrétien; on ne sait ce que c'est, si ce n'est un imbécile. »

23 Appelé par la Harpe « un chef-d'œuvre de bêtise » (Correspondance, t. 4, p. 250).

24 Turgot a fait part à Mme de Graffigny elle-même de ses observations sur les « Lettres d'une Péruvienne » (Œuvres de Turgot, éd. Guillaumin, Paris, 1844, t. 2, p. 785). Enthousiasmés par la lecture de l'ouvrage de Mme de Graffigny, deux Italiens ont écrit une Apologie des quipos, pleine d'erreurs, dont parle Skinner (The present state of Peru, p. 17, n. 1.

25 Marmontel s'inspire de Garcilaso, de Las Casas et de Benzoni ; les inexactitudes de détail pullulent dans son ouvrage ; un seul exemple : il écrit que l'Inka fait arborer l'étendard de la guerre sur un des sommets de l'Illiniza (p. 238) ; or les deux cimes de cette montagne mesurent respectivement 5 300 et 5 160 mètres et le fameux alpiniste anglais Whymper, vainqueur du Chimborazo, a dû reculer devant l'une d'elles. Chateaubriand a emprunté à Marmontel une des scènes les plus importantes d'Atala (Chinard, L'exotisme américain dans l'œuvre de Chateaubriand, Paris, 1918, p. 289).

26 L'expression est de M. Lichtenberger, Le socialisme au XVIIIe siècle, Paris, 1895, p, 270. V. suprà, ch. I, p. 19. De Pauw allait jusqu'à considérer comme un signe de faiblesse l'absence de barbe chez les Indiens ! Nous passons sous silence les auteurs de second ordre comme l'abbé Lam­bert qui se borne à résumer Garcilaso (Histoire générale, civile, naturelle, politique et religieuse de tous les peuples du monde. Paris, 1750, t. XIII, p. 225 et suiv.).

27 La Condamine, Relation abrégée d'un voyage fait dans l'intérieur de l'Amérique méridionale, Paris, 1745. – L. A. Bougainville, Voyage autour du monde, par la frégate du roi la Boudeuse et la flûte l'Etoile, Paris, 1772.

28 Chez Chateaubriand, l'inquiétude est à son comble, car l'idéal de vie simple, offert par les Américains, apparaît comme inaccessible]e aux Européens. Un civilisé ne saurait redevenir sauvage.

29 Proposition inexacte, actuellement la natalité la tendance à décroître au fur et à mesure que la civilisation augmente.

30 Wealth of Nations, liv. IV, ch. 7. Trad. franç., op. cit., p. 178. On sait que cet ouvrage a été publié en 1776.

31 Delle lettere americane. Lettre XVI. Trad. franç., t. I, p. 233-340.

32 Delle lettere americane. Lettre XIX. Trad. ftanç., t. I, p. 284.

33 Le mémoire du marquis de Chastellux, sur le même sujet, comporte une, critique de la politique espagnole, mais très générale et surtout au point de vue du commerce.


Conclusion  |  Annexes  |  Table des matières  |  Page d'accueil