Questions de vocabulaire

 

 

 

En France, le mot libéral est traditionnellement associé à certaines idées qui prônent le libre-échange, le développement du secteur privé, etc. Il n'en est pas de même partout. Quelques petites précisions peuvent être utiles.

Libéraux et libéralisme

Le libéralisme a plusieurs visages. Tout d'abord, il convient de savoir qu'aux Etats-Unis le terme "liberal" se traduit plutôt par gauchiste. Ce n'est que dans ce sens que Galbraith est un libéral (certains commentateurs français l'ignorent encore...). Cette récupération par les étatistes collectivistes de gauche d'un terme qui jouissait d'un a priori favorable est dénoncée par plusieurs auteurs.

Un auteur comme Anthony de Jasay, distingue, quant à lui, le "libéralisme branlant" (je traduis ainsi "loose liberalism" : libéralisme vague si on préfère) et le "libéralisme strict" (strict liberalism) : le premier consistant à définir de nombreux "droits à" et se rattachant à l'acception américaine (voir son livre édité par l'IEA en bibliographie).

Au sein des "vrais" libéraux, on peut distinguer par ailleurs deux tendances. La première, bien connue, soutient le libéralisme car il est économiquement efficace. C'est la tendance utilitariste, qui est celle de Milton et David Friedman (le père et le fils), mais aussi de Mises (qui rejette explicitement toute notion de Loi naturelle dans Human action).

La deuxième, à laquelle se rattachent, à la suite de Rothbard, de nombreux économistes de l'Ecole autrichienne, en France Pascal Salin (voir son dernier ouvrage traitant du libéralisme) ou F. Guillaumat (voir sa collection Laissez-faire aux Belles Lettres), considère que le libéralisme est avant tout juste, moral, et conforme à la nature humaine.

Chez Bastiat, les deux notions se recoupent, l'idée fondamentale de cet auteur étant que le monde est harmonie (d'où le titre de son livre : "Les Harmonies économiques"). En conséquence, ce qui est juste est efficace, ce qui est injuste ne pourra pas être efficace.

Libéraux et conservateurs

Le terme de conservateur est souvent rejeté par les libéraux (Hayek a écrit "Pourquoi je ne suis pas conservateur"). Il est vrai que les libéraux ne cherchent pas à conserver la société dans un état immuable (surtout si elle est socialiste, comme dans de nobreux pays). Le conservatisme dans un pays de l'ex bloc de l'Est n'a pas la même signification que dans un pays de tradition libérale, il ne peut donc être que relatif, et fonction des circonstances : il n'est pas possible de fonder une doctrine sur le conservatisme. Les libéraux peuvent apparaître tantôt conservateur (ils ne veulent pas supprimer la propriété), tantôt anti-conservateurs (ils ne veulent pas maintenir les corporatismes). Historiquement, toutefois, les chefs d'Etat qu'on associe le plus aisément au libéralisme de nos jours sont Ronald Reagan, dont le mouvement fut appelé Révolution conservatrice (à ne pas confondre avec Révolution conservatrice prônée par Ernst Jünger) et Margaret Thatcher, qui était à la tête du parti conservateur. En fait, la convergence porte le plus souvent sur les valeurs que conservateurs et libéraux ont en commun (des anarcho-capitalistes anti-étatistes comme Rothbard, Hoppe, Block, Rockwell sont bien plus proches des valeurs conservatrices traditionnelles que des valeurs des hippies). Même avec une telle convergence (à un moment donné de l'Histoire), la différence avec les conservateurs vient du fait les libéraux ne cherchent pas à imposer leurs opinions par la puissance étatique.

Les libertariens

Pour ne pas faire la confusion avec les "liberals" au sens de gauchistes, les Américains emploient le terme de "libertarian". Parfois ce terme signifie un libéralisme assez poussé (très peu ou pas d'Etat), comme celui que préconise le "Libertarian Party" mais parfois le terme est étendu jusqu'au libéraux plus classiques.

La romancière philosophe américaine Ayn Rand est classée comme libertarienne par tout le monde, sauf par elle-même et ses disciples (les Objectivistes), qui voient dans les libertariens une bande de hippies de droite. Les Objectivistes soutiennent que l'Etat a un rôle à jouer et ne veullent pas entendre parler d'anarchie.

En France, le terme de libertarien est habituellement réservé à des libéraux voulant un retrait significatifs de l'Etat (Etat minimal, Etat veilleur de nuit). On y range Rothbard, David Friedman, Robert Nozick (qui le plus souvent est la seule référence car il est professeur de philosophie à Harvard).

Cependant, un auteur comme Henri Lepage classe Milton Friedman, James Buchanan parmi les libertariens dans son introduction au livre de Buchanan, "Les Limites de la liberté".

Les anarcho-capitalistes

Les anarcho-capitalistes (voir le livre de P. Lemieux cité en bibliographie) sont partisans d'une société sans Etat. Ils sont donc anarchistes mais soutiennent que l'absence d'Etat ne conduit pas au désordre mais à l'ordre, toutes les fonctions régaliennes de l'Etat pouvant être assurées par le secteur privé.

Le premier anarcho-capitaliste fut le belge Molinari (19ème siècle), qui proposa de mettre les gouvernements en compétition, avant de revenir sur sa position.

Plus récemment, les anarcho-capitalistes les plus célèbres sont Murray Rothbard, qui dérive ses convictions d'un raisonnement fondé sur des bases éthiques (qu'il affirme pouvoir logiquement déduire, sans toutefois faire intervenir la science économique, qui reste "wertfrei", i.e. dégagée de jugement de valeur), et David Friedman (le fils de Milton) qui part d'un point de vue utilitariste.

Le terme anarchie étant synonyme de désordre pour beaucoup, certains auteurs disent refuser l'anarchie, même si leurs idées sont de tendance anarcho-capitalistes (P. Salin dans son dernier livre sur le libéralisme dit que celui-ci ne conduit pas à l'anarchie, mais il souligne les deux sens que ce mot peut avoir, et ce n'est que dans le sens de désordre que le libéralisme n'est pas anarchique).


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