Le "mini-krach" d'avril 2000

Article paru le 15 avril 2000 sur le site de Jude Wanniski en anglais sur Internet, destiné à Alan Abelson, journaliste du périodique Barron.

par Jude Wanniski

traduit par Hervé de Quengo

Les impôts et le krach de la Bourse

En tant que doyen des journalistes financiers, Alan, je pense que vous apprécierez la thèse que j'ai soutenue depuis la mi-mars sur la liquidation du NASDAQ. De nombreuses raisons ont été offertes - Microsoft, Alan Greenspan, la théorie des "bulles" et les menaces de taxation sur Internet. Chacune d'elles a une certaine validité, mais je ne pense pas que l'une d'elle explique aussi simplement et aussi nettement la baisse que la thèse selon laquelle les gens qui ont réalisé des gains très importants sur le capital en 1999 ont attendu trop longtemps pour vendre afin de pouvoir payer leurs impôts avant la date butoir du 15 avril [date à laquelle les Américains doivent acquitter l'IRS : Internal Revenue Service, NdT]. J'ai commencé à prévenir mes clients de ce phénomène le 30 mars quand aucune autre explication ne me semblait avoir de sens - et quand j'ai compris qu'il n'y avait jamais eu de gains aussi énormes en une seule année sur les actions de pointe qu'en 1999. Sans qu'il y ait eu de précédent, les investisseurs ont dû apprendre avec douleur que lorsqu'ils conservent tous des actions qui flambent, en pensant qu'ils pourront en vendre quelques unes pour payer les impôts, ils vont se trouver dans une cohue qui ne dispose que d'une porte de sortie. Vous trouverez plus bas un mémorandum [la chronique de Wanniski s'intitule "Memo on the Margin", NdT] que j'ai posté le samedi à plusieurs informateurs politiques, ainsi que les autres memos que j'ai envoyés à mes clients quand le 15 avril approchait. Si j'ai raison, le marché des hautes technologies doit avoir maintenant atteint son plus bas niveau ou presque.

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Memo pour les journalistes politiques.... 15 avril 2000

Les jourbalistes doivent être au courant des implications de la liquidation à Wall Sreet. "Polyconomics" [le site de Wanniski, NdT] a commencé à prévenir ses clients le 30 mars que la faiblesse du NASDAQ pouvait être attribuée à des ventes nécessaires pour pouvoir payer les forts impôts sur les gains du capital de 1999. Le New York Times connaît bien mes arguments mais son éditorial principal d'aujourd'hui dit qu'il ne faut pas chercher une seule raison à la liquidation et que les candidats aux élections présidentielles ne devraient même pas songer à diminuer les impôts car il y aura une forte baisse des recettes de l'impôt à cause de cette liquidation. Hum. Voici les passages et les articles que nous avons envoyés sur le sujet. Les journalistes peuvent utiliser n'importe laquelle de ces brèves :

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"Brève du 30 mars"

Il doit toujours y avoir au moins une raison à une forte liquidation ou à un mouvement important de la Bourse. La liquidation sur le NASDAQ me fait penser à un lien avec le 15 avril et le fait qu'il n'y a pas de retenue à la source sur les gains du capital. Il y a également eu une liquidation l'année dernière, avec une reprise après le 15 avril et un marché calme pendant les mois suivants. En d'autres termes, les gens qui connu des gains sur le capital avant le 31 décembre se trouvent maintenant devoir de l'argent à Oncle Sam et doivent vendre des actions à cause de cela. Comme ils voient le marché baisser, ils savent que le mieux est pour eux de vendre avant le 15 avril pour ne pas finir par connaître de plus grandes pertes cette année. Les fonds ne sont pas perdus pour l'économie, mais ils pourraient tout aussi bien l'être car c'est le Trésor qui bénéficie des recettes des ventes du NASDAQ et les utilise pour rembouser la dette nationale. Une triste utilisation du capital.

"Brève du 12 avril"

Pendant mes brèves vacances en Louisiane j'ai bien bien sûr noté le cours du NASDAQ, mais il n'y a rien que je puisse imaginer pouvoir offrir une meilleure explication que ma brève du 30 mars - que j'avais envoyée avec une histoire commerciale du New York Post daté du mardi 11. Il y a beaucoup de risques en ce qui concerne les valeurs Internet "dot.com", mais aucun n'est aussi manifeste que la date butoir du 15 avril pour payer les impôts sur le revenu de 1999. Le marché ne peut escompter à l'avance pour la myriade de décisions que vont prendre les contribuables individuels en vendant des actions afin de payer leurs impôts - parce que le marché n'a pas les moyens de connaître qui se fera rembourser ni quelles actions baisseront au final. Pour parler autrement, il n'y a pas de "marché efficient" à court terme pour déterminer le comportement des investisseurs - au contraire de ce qui se passe pour la valeur des actions sur le marché général. L'article du New York Post expliquait qu'il y avait eu l'année dernière des liquidations à la Bourse les trois lundis PRECEDANT le 15 avril et des hausses les trois lundis APRES la date de paiement des impôts. Avec les ventes de précaution dues au bogue de l'an 2000 dans le dernier trimestre de 1999 l'effet sera amplifié cette année, car les contribuables découvrent qu'ils vont devoir vendre maintenant à cause des gains qu'ils ont réalisés à cette occasion. Les actions vendues auront tendance à être celles qui ont le plus monté cette année. S'il n'y a pas de problème obscur que nous ne ne voyons pas, la reprise devrait avoir lieu par épisodes, en commençant plus tard dans le mois, lorque les impôts seront placés dans les actions qui auront baissé et qui auront donc été en un sens sous-évaluées par cet effet d'impôt. Bien sûr, certaines entreprises qui auront manqué de liquidités entretemps pourraient ne pas se redresser, pendant que d'autres arrivant sur le marché commenceront fringantes. L'article du Post est le suivant :

[MART TAPPED OUT BY SALES OF SHARES AT TAX TIME] par Beth Piskora, le 11 avril 2000.

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"Brève du 14 avril"

J'ai été tenté toute la journée d'écrire cette brève mais j'ai décidé d'attendre la fermeture du marché. Si j'avais eu tort sur mon hypothèse du 30 mars selon laquelle le marché liquidait à cause des millions d'Américains se bousculant pour payer les impôts sur leurs énormes gains boursiers, aujourd'hui serait un jour comme les autres. Mes avoirs ont considérablement baissé depuis le 30 mars, si c'est une consolation. Je ne gère pas un seul sou de mon argent. Et jusqu'à ce que je vois la ruée folle de cette semaine se finir par le carnage d'aujourd'hui, je ne pouvais pas être sûr d'avoir raison. Il n'y a pas de doute dans mon esprit que cette liquidation est quasiment entièrement le résultat des conséquences des impôts sur 1999 - ce qui veut dire que nous avons touché le fond, car les contribuables n'ont pas la possibilité de vendre leurs actions lundi [17 avril, NdT] pour payer leurs impôts.

Cette situation ne s'est jamais produite à la Bourse, jamais - c'est pourquoi c'est une telle surprise pour le monde. Dans les premières périodes de l'histoire, quand il y eu des changements de paradigme de la Vieille Economie vers la Nouvelle Economie, les impôts étaient bien plus bas. La transition s'est également étendue sur plusieurs années fiscales. Ceux qui ont beaucoup vendu l'année dernière, pour acheter de temps à autre ou pour payer les tiers provisionnels estimés, pensaient bien sûr qu'ils pourraient vendre un peu de ceci et un peu de cela en mars et en avril pour payer leurs impôts. C'est la nature humaine. La Bourse ne peut escompter ce type de comportement. Nous verrons maintenant les analystes de tout premier ordre découvrir les impôts d'Etat et les impôts locaux cachés qui ont aggravé le problème - car dans beaucoup d'Etats américains les gens ont des impôts d'Etat qui dépassent les impôts fédéraux parce que les Etats s'insèrent dans les déclarations fédérales, sauf pour les gains du capital.

Si je devais gérer mon propre argent, mes amis, je sauterais sur l'occasion lundi. Le schéma devrait être similaire à celui de 1999 quand le fond fut atteint le 16 avril et quand la Bourse se mit à monter depuis lors, une fois supprimée la pression à la vente massive. A quelle vitesse aura lieu cette reprise ? Cela dépend de notre classe politique, et comment elle interprête les événements des dernières semaines. Si mon hypothèse est rejetée [par la classe politique], et que les gars savants décident que la cause était la menace Greenspan d'augmenter les taux, le débat continuera encore et encore sur le fait de savoir si la Réserve fédérale devrait ou non le faire. Ce sera bien mieux si nos "leaders" comprennent les effets nocifs de la taxation sur les gains du capital et la menace sur Internet de n'importe quelle sorte de taxation dans les années à venir. Les débats télévisiuels [talk-shows] seront très intéressants ce week-end. J'essaierai de les regarder tous et d'en faire le compte rendu lundi.

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PS : Les contribuables peuvent encore vendre à temps lundi [17 avril 2000, NdT] afin d'envoyer leurs chèques avec leurs déclarations à l'IRS sans avoir à subir de pénalités importantes.


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