par Gustave de Molinari
par Frédéric Passy
traduit par Hervé de Quengo
Vous êtes sur le point de publier une édition anglaise du livre de mon ami M. de Molinari, "La Société Future," et m'avez fait l'honneur de me demander quelques lignes d'introduction. Parler de façon adéquate d'un tel livre demanderait du temps que ne me laissent, malheureusement, ni mon âge et ni mes obligations. Comme l'occasion se présente néanmoins, je ne voudrais pas laisser paraître ce livre sans au moins témoigner de mon estime et de mon admiration envers la personnalité et le talent de celui qui est aujourd'hui, sauf erreur de ma part, le doyen de nos économistes - je devrais dire de nos économistes libéraux -, de ceux, hélas peu nombreux, que j'ai été heureux de cotoyer pendant plus d'un demi-siècle
Leurs principes ont été énoncés et défendus en Angleterre par Adam Smith, Fox, Cobden, Gladstone et Bright. En France, ils furent soutenus par Quesnay, Turgot, Say, Michel Chevalier, Laboulaye et Bastiat. D'année en année, ma conviction s'est fait plus forte que, sans ces principes, les sociétés actuelles ne connaîtraient ni richesse, ni paix, ni abondance matérielle, ni encore de dignité morale.
Monsieur de Molinari a maintenu ces principes depuis sa jeunesse, depuis le jour où - à l'époque de notre Révolution de 1848 - il les soutint pour la première fois dans les "Soirées de la Rue St. Lazare." Ses "Conversations familières sur le Commerce des Grains" les ont présentées sous une forme nouvelle et attrayante. Il a défendu ses convictions à la fois dans des cours réguliers et dans d'autres cours grâce auxquels il a répandu ses principes à l'intérieur même des frontières de la Russie. Mois après mois, la Revue importante dont il est rédacteur en chef les répète sous des traits nouveaux et, chaque année, pour ainsi dire, un nouveau livre, aussi remarquable pour la clarté de sa compréhension que pour son admirable style littéraire, sort pour témoigner de la constance de ses convictions ainsi que de la vigueur intacte de ses idées et de la virile sérénité de sa verte vieillesse.
Le livre que vous êtes sur le point d'introduire auprès du public anglais est, en quelque sorte, un résumé de ses longues études du passé, de ses observations clairvoyantes du présent et de ses prédictions perspicaces pour l'avenir. Vous faites bien, cher Monsieur, d'essayer de lui obtenir la publicité supplémentaire qu'il mérite. Et je m'estime heureux que vous m'ayez permis de contribuer, même à un faible degré, à un but si admirable.