La Mentalité anti-capitaliste

Première édition en anglais (sous le titre The Anti-Capitalistic Mentality) en 1956

par Ludwig von Mises

traduit par Hervé de Quengo

 

Introduction

 

Le remplacement des méthodes de gestion économique pré-capitalistes par le capitalisme de laissez-faire a multiplié les chiffres de la population et élevé d'une manière sans précédent le niveau de vie moyen. Une nation est aujourd'hui d'autant plus prospère qu'elle a le moins tenté de placer des obstacles sur la voie de l'esprit de l'initiative privée et de la libre entreprise. Les habitants des États-Unis sont plus prospères que ceux de tous les autres pays parce que leur gouvernement s'est engagé plus tard que les autres dans une politique d'obstruction de l'économie. Néanmoins, de nombreuses personnes, en particulier chez les intellectuels, haïssent violemment le capitalisme. Selon elles cet abominable mode d'organisation économique de la société n'aurait apporté que le mal et la misère. A les entendre, les hommes étaient autrefois, au bon vieux temps qui précédait la Révolution Industrielle, heureux et prospères. Désormais, sous le régime capitaliste, l'immense majorité serait constituée de pauvres affamés, exploités sans pitié par de farouches individualistes. Pour ces vauriens rien ne compterait en dehors des intérêts sonnants et trébuchants. Ils ne créeraient pas de bonnes choses véritablement utiles mais uniquement ce qui rapporte les plus gros profits. Ils empoisonneraient d'une part les corps par des boissons alcooliques et par le tabac, d'autre part les âmes et les esprits par des tabloïdes, des livres lubriques et des films idiots. La « superstructure idéologique » du capitalisme serait constituée par une littérature de la décrépitude et de l'avilissement, par les revues déshabillées, l'art du striptease, les films d'Hollywood et les romans policiers.

Le parti pris et le sectarisme de l'opinion publique se manifestent le plus clairement dans le fait qu'elle attache exclusivement l'épithète « capitaliste » aux choses abominables, jamais à celles que tout le monde approuve. Comment le moindre bien pourrait-il sortir du capitalisme ! Les choses de valeur ont été produites en dépit de lui, tandis que les choses mauvaises constituent les résultats de sa mise en œuvre.

L'objet de cet essai est d'analyser ce préjugé anti-capitaliste ainsi que de mettre à jour ses racines et ses conséquences.


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