Les Intérêts économiques et l'oeuvre socialiste

Conférence faite à la Société d'Économie industrielle et commerciale le 2 avril 1909

par Yves Guyot (Ancien Ministre des Travaux Publics)

 

Chapitre VIII : La Faiblesse provoque la Violence

 

Les faiblesses des divers ministères à l'égard des grèves, ont inspiré une politique d'oppression, de terreur, de boycottage. M. Georges Sorel, le doctrinaire du syndicalisme, en a fait la théorie en ces termes : "La violence ouvrière possède une efficacité extraordinaire dans les grèves. Les préfets, redoutant d'être amenés à faire agir la force légale contre la violence insurrectionnelle, pèsent sur les patrons pour les forcer à céder : la sécurité des usines est maintenant considérée comme une faveur dont le préfet peut disposer à son gré, pour intimider les deux partis et les amener plus ou moins adroitement à un accord. Il n'a pas fallu beaucoup de temps aux chefs du mouvement pour saisir cette situation. Ils s'efforcent d'intimider les préfets par des démonstrations populaires... Il est rare qu'au bout de quelques temps, l'administration, obsédée et effrayée, n'intervienne pas auprès des chefs d'industrie et ne leur impose une transaction qui devient un encouragement pour les propagandistes de la violence". [1]

Les amnisties régulières font tomber la loi dans le mépris : et les magistrats, perdant confiance dans la mission qui leur est impartie, pensent que l'énergie qu'ils pourraient montrer les compromettrait inutilement puisqu'elle est annihilée par "les mesures dites d'oubli, de pardon et d'apaisement".

Ce qui assure la sécurité, ce n'est pas la gravité de la peine, c'est la certitude d'une répression implacable et rapide. C'est parce que cette certitude n'existe pas que peuvent se produire des faits comme la grève des électriciens du 8 mars 1907 et de l'Hôtel Continental du 6 mars 1909, comme les désordres des employés des postes et télégraphes du 12 mars 1909 ; que s'exercent les attentats contre la liberté du travail, dans les grèves, les destructions de bâtiments, les attentats contre les personnes comme le 28 mars à Méru et qu'éclatent des événements comme ceux de Vigneux et de Draveil.

La Confédération Générale du Travail n'a été fondée que pour l'exploitation de la peur. "La Bourgeoisie", dit encore M. Georges Sorel, se laisse facilement dépouiller pourvu qu'on la presse quelque peu". Nous ne croyons pas, à la vérité de cette réflexion. Il y a, dans la bourgeoisie, toute une partie active qui doit apporter, dans la défense des intérêts généraux, la même énergie que chacun de ses membres apporte dans la défense de ses intérêts privés. En 1842, un économiste, M. de Molinari, eut l'idée des Bourses de Travail où on ferait pour le travail des actes qu'on fait dans les autres bourses pour les marchandises ou pour les valeurs. Mais les 185 Bourses de travail telles qu'elles existent ne sont que des foyers de propagande socialiste, installés dans les bâtiments municipaux et subventionnés par les contribuables. Ils alimentent ainsi les foyers de guerre sociale ; et quand des ministres disent aux inspecteurs du travail de recevoir leurs inspirations des secrétaires de ces bourses, ils établissent au point de vue industriel, les comités révolutionnaires qui, en 1793, on terrorisé la France.

 

Note

[1] Réflexions sur la violence.


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